Le « Vélo rail » ? C’est vieux, mais instructif.

C’est à la mode, c’est « djeune » mais voyons, c’est « bobo-écolo » n’est-ce pas ? Et pourtant, c’est aussi vieux que le chemin de fer lui-même et surtout c’est triste, car le « vélo rail » se fait sur des lignes de chemin de fer mortes. Mais c’est instructif, car le profane découvre et expérimente, avec ses mollets, que le chemin de fer ne demande qu’un faible effort pour ce qui est des rampes, donné confirmée par deux siècles d’exploitation économique et efficace. En prime : aucun effort pour les pentes, et le profane, ébahi, découvre aussi la beauté des ouvrages d’art que le chemin de fer a créés. Il n’y a pas que les cathédrales et les musées. Alors, le bilan n’est pas totalement négatif, et il est même pédagogique… un peu.

« J’irai cracher sur vos tombes » était le titre d’un roman de Boris Vian. Aujourd’hui, un « J’irai pédaler sur vos rails » a pris la relève, puisque l’on achève bien les chevaux, et les éclisses rouillées peuvent encore frissonner faiblement sous des roues légères et lentes, passant en silence sous la force des mollets gavés à la « bouffe-bio ».

Au début du troisième millénaire, en 2004, la Fédération des Vélo rails de France, présidée par Daniel Claret, fondateur du Vélo rail du Périgord vert officialise et fait reconnaître un loisir qui est né avec la bien triste tendance à l’abandon des voies ferrées dans les belles provinces de France, rendement financier et absence de toute notion de service public oblige.

Rangeons nos mouchoirs et soyons objectifs et techniques.


Aujourd’hui, on considère que le « vélorail » est à la mode en France, avec une soixantaine de lignes ouvertes sur un millier de kilomètres, et attirant environ un demi-million de pédaleurs. Le nombre de lignes a plus que doublé en une quinzaine d’années et certaines d’entre elles comptent, chaque été, plusieurs dizaines de milliers de clients. Le vélo rail est tout autant pratiqué ans de nombreux pays européens (Allemagne, Danemark, Pologne, Grèce, Portugal, etc.), mais aussi aux États-Unis, en Asie et en Afrique du Sud.

Et pourtant, si l’on s’intéresse à l’histoire des chemins de fer, on peut voir que, dès la Belle Époque, on pédalait avec foi et énergie sur des lignes de chemin de fer dans le monde entier, ceci pour les entretenir.

Notons que nous avons déjà consacré un article, dans « Trainconsultant » consacré aux véhicules d’inspection des voies, draisines comprises, et que des véhicules à pédales ont donc été traités et illustrés: nous en reprenons certaines illustrations.

En Russie, du temps des Tsars (donc avant 1917), le vélo rail existe déjà, ici photographié en couleurs par les frères Lumière avec leur procédé dit « Autochrome ». On est, apparemment, sur le chantier du « Transsibérien », vers 1912, mais on ne pédale pas, semble-t-il – du moins en ce qui concerne les importants personnages assis devant. Soit ceux de l’arrière se dévouent (vu leur grade), soit un modeste moteur à pétrole sert la cause du peuple. En quelque sorte, nous sommes ici plus proches de la « draisine » que du « vélo rail ».
« Vélorail » américain, utilisé vers 1860 déjà, pour l’inspection des voies. Mais, ici, ce sont les biceps qui travaillent.
Deux vues ci-dessus : un vrai « Vélo rail », à pédales et à mollets, utilisé au Sénégal sur la voie métrique du Dakar-Niger, dès sa construction, en 1889.
Sur le réseau du PLM, en 1937, le « vélo rail » devient un « quadricyle », appellation qui fait quand même plus scientifique. Cet engin est fabriqué par la marque de motocyclettes « Automoto ». On notera la rusticité générale, tant dans le gilet déboutonné du chef de gare que dans le système de guidage des roues assuré – si l’on peut dire – par un simple patin venant frotter contre la face intérieure du champignon des rails.
Modèle à bras, type français, utilisé sur les réseaux des anciennes compagnies, dès 1890. Dessin de René Jacker.
Pédalons : il en restera toujours quelque chose au profit de la civilisation.
Que ce soit (ci-dessus) aux Indes dans les années 1930 avec une moto intégrée à une plate-forme roulante, ou aux USA (plus haut) dans les années 1900 avec une simple draisine à manivelle transportant des scieurs de traverses, le même regard farouchement déterminé se lit sur les visages, avec le sentiment de construire non seulement une nation, mais une civisilation.

Du « Draiso Moteur » au « Moto Rail » : le chemin de fer français se modernise.

Les années 1930 voient le progrès s’installer dans le monde modeste du « Vélo Rail » avec l’arrivée de petits moteurs pour motocyclettes. En effet, l’engagement d’ingénieurs, dont le haut niveau professionnel se traduit par le port du costume trois pièces et du chapeau mou, conduit les réseaux ferrés à épargner cette hiérarchie à la santé délicate. Tout effort physique risquant d’affaiblir les effets positifs d’un savoir acquis sur les bancs des Grandes écoles sera écarté grâce à la motorisatioin.

Ici un side-car en version rails puis route, d’après la revue « Rail Route », dans les années 1950. Le cheminot a du prendre place sur le « tan sad » de la moto pour laisser à la hiérachie de savourer les joies du motocyclisme (cliché de cauche), mais, quand il faut revenir à la disposition classique et routière, le cheminot de service, une fois les roues ferroviaires rangées de part et d’autre du « side car », peut rentrer chez lui et laisser la hiérarchie circuler à son gré sur une route normale (cliché de droite).
Cliché Bulletin PLM.
Moto-rail découvert dans la gare d’Alep, en syrie, par Jean-Pierre Arduin, en 2002, lors d’une de ses nombreuses missions pour la SNCF.
« Vélos Rails » vus en Ile-et-Vilaine, à Médréac, en 2011.
En « Vélo-rail » sur la grande et belle ligne du Vivarais. Il y a même une signalisation à l’intention des pédaleurs ferrovipathes.
Nous remercions Eric Bettega pour nous avoir transmis ce très rare cliché d’un « vélo-mine » (sic) publié en 2017 dans la « News Letter » des mines de fer de Segré-Nyoiseau et sa légende : « Nous sommes à 400 mètres sous terre. Un ouvrier de l’entretien au fond sur un vélo-mine qui lui permet de rejoindre plus rapidement qu’en marchant l’endroit où il doit se rendre : il peut y avoir plusieurs kilomètres entre le puits de descente – Bois 2 ou Bois 3 – et le lieu d’intervention. Les galeries allaient jusqu’à Bourg l’Évêque ».

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