Traction électrique : le « contact glissant » glisse-t-il plus qu’il ne contacte ?

Nous avons, sur ce site, déjà et très souvent, abordé ce sujet du dit « couple pantographe-caténaire », mais il reste toujours d’actualité, car le chemin de fer était, et reste, le seul moyen de transport à pouvoir l’adopter d’une manière logique et rationnelle. Toutefois, voici la dernière surprise : la route, elle aussi, en rêve, du moins pour ses camions. Le modèle ferroviaire est-il routier à ce point ?

Lançons nous une fois encore, et faisons des étincelles…

Et voilà ce que l’on prépare dans le domaine routier : une simple imitation du chemin de fer avec sa caténaire et le pantographe à « contact glissant ». Le conducteur a sérieusement intérêt à imaginer qu’il roule sur des rails et qu’il doit, en fin artiste du volant qu’il est, rester rigoureusement sous la caténaire et ne pas se permettre des écarts de conduite à tous les sens du terme. Ce système est sans avenir du fait de son coût : qui va payer l’installation d’une caténaire sur les milliers et des milliers de kilomètres des autoroutes européennes ? Document Europe-camions.

Revenons à notre problématique bien ferroviaire de la caténaire. Avez-vous regardé (et admiré) un train, TGV compris, passant au loin, dans la nuit ? Au-dessus de la locomotive, et l’accompagnant dans sa course, une lumière vive et étincelante clignote sur la caténaire : c’est le « contact glissant » de la semelle du pantographe qui rebondit contre le fil de contact et génère un arc électrique assez ennuyeux et témoin d’un mauvais contact, de rebondissements, de mouvements intempestifs. Les fils de contact des caténaires ont beau être tendus par de lourds contrepoids à chaque extrémité de ce que l’on appelle le « canton de contact », ils se détendent, oscillent, et manquent quelque peu à leur devoir. Mais si quelqu’un a une meilleure solution, la SNCF est preneuse. Ce problème n’est pas résolu. Et il se pose aussi, d’une manière différente mais tout aussi contraignante, pour le troisième rail. Avez-vous guetté une rame de métro arrivant à la station dans le tunnel ? Sur le troisième rail conducteur, une brillante étincelle jaillit, parfois, sous le frotteur. On la voit de loin. C’est aussi un problème posé par le « contact glissant » et les étincelles en sont la conséquence.

Lors des essais de vitesse dans les Landes, en 1955 : le 331 km/h est atteint, mais au prix d’un véritable arc électrique accompagnant le pantographe sous la caténaire. L’arc est si fort, qu’il est visible même en plein jour ! Des ampères en quantité industrielle passent, en effet, par les quelques millimètres carrés du contact entre le pantographe et le fil de contact de la caténaire. C’est un défi face aux lois de la physique.

Vers les années 1830, dans un lointain passé, rien n’empêchait, en théorie, la traction électrique ferroviaire de connaître le bonheur dans l’autonomie complète et l’épanouissement en ignorant, comme la vapeur ou le moteur à combustion interne, tout point de contact fixe, roulant librement sur les rails comme les chevaux galopant sur la route. C’est comme cela que ses inventeurs l’ont primitivement pensée, et c’est bien d’une manière totalement autonome que les premières locomotives électriques ont roulé en 1834, aux Etats-Unis, et en 1387, au Royaume-Uni. Mais ce bonheur ne durera pas, et sera fugitif et éphémère comme les roses. Il faudra de solides et lourdes centrales électriques, collées au sol, pour l’alimentation des locomotives électriques quand, enfin elles sont mises au point vers la fin du siècle et se révèlent aptes à un brillant service. Mais le courant électrique aura à affronter le « contact glissant » : autant sauter dans un train en marche, avec tous les inconvénients liés à cette acrobatie.

La traction électrique se fera donc à partir d’un point fixe (la centrale) qui sera toujours son point faible, son « talon d’Achille » comme on disait jadis quand la lumière de la culture se plaisait à éclairer le langage. Point faible ? Oui, la nécessité d’une alimentation en cours de route à partir d’un point fixe aboutissant au troisième rail, ou à la caténaire, et surtout le couple infernal et capricieux que forme le pantographe et la caténaire, ont empoisonné la vie des cheminots de la traction comme de la voie. Il fallait, pour rouler « à l’électricité », comme on disait alors, signer un pacte avec le diable – pardon : avec les installations fixes comme la centrale électrique, les sous-stations, et la jungle de poteaux et de fils amenant le précieux trésor électrique jusqu’aux bornes du moteur électrique de la locomotive. Aujourd’hui la situation technique des automobiles électriques ne fait que prouver que ce vieux problème n’est toujours pas résolu. Pour ce qui se veut l’automobile du futur, le meilleur moteur du monde, électrique, se lie à nouveau avec la pire solution du monde, la batterie, comme au XIXe et XXe siècles.

Le projet évident d’une électricité produite à bord de la locomotive.

Il était évident, lors des débuts du chemin de fer, avec la première locomotive électrique en 1837 de l’Ecossais Robert Davidson (1804-1894), que la locomotive électrique serait indépendante, et produirait elle-même son électricité. Il était évident et logique que, sans corde au cou ou au talon, la locomotive électrique puisse courir librement sur les rails comme sa sœur à vapeur, en attendant de tordre le cou de l’enfumeuse charbonnière et de la faire disparaître à jamais.

Car la vapeur, avec sa longue mise en pression, son « surpoids » indigne, avec son lourd tender rempli de charbon et d’eau, ses fumées envahissantes, sa conduite de la marche et du feu difficile, déjà créait trop de soucis et, donc, était déjà rejetée et apparaissait comme condamnée à court terme. Mais cette condamnation ne restera jamais qu’un vœu pieux ou un rêve d’ingénieur. La locomotive à vapeur, solidement implantée parce que seule possible, réduira à l’inexistence les locomotives électriques de Davenport et Davidson et retardera l’étude et la pratique de la traction électrique pendant la presque totalité du XIXe siècle, ne laissant la place à la plupart des grandes électrifications qu’après la Première Guerre mondiale.

Des esprits imaginatifs regardent, avec concupiscence, les deux rails des voies ferrées.

La nécessaire présence de deux rails métalliques sur les voies ferrées posées partout dans le monde pouvait, dans les esprits imaginatifs, jouer aussi le rôle de transporteur de courant électrique. En effet, certains inventeurs opportunistes ont pensé, en voyant les rails de chemin de fer nouvellement posés, en faire aussi, sous la forme d’un usage second, sinon premier déguisé en second, des lignes télégraphiques utilisables en dehors des heures de passage des trains. Ceci est, notamment, le cas à Nuremberg, en Allemagne, en 1835, quand les rails sont posés jusqu’à la petite ville de Fürth : un certain Steinheil souhaite utiliser les deux rails pour son télégraphe, mais devra, en fin de compte, installer un télégraphe à fil le long de la ligne en 1838, créant ainsi le premier télégraphe avec retour par la terre.

De toute manière, le train interdisait, par la simple présence de ses essieux montés métalliques, toute idée d’un rail transporteur d’énergie électrique « à l’aller » avec « retour » par l’autre rail. En effet, concrètement, le fait que les essieux métalliques du train viennent « shunter » (pour ne pas dire « court-circuiter ») les deux rails empêchera toute utilisation de cette sorte, et réduira le rôle électrique des deux rails, unis comme un tout, à un simple élément du retour du courant amené par un troisième rail conducteur du courant, ou par la caténaire. Ce fait imposera une arrivée du courant par le fil conducteur aérien ou le troisième rail conducteur quand l’ère de la traction électrique débutera au siècle suivant. Alors, l’électricité aura donc à utiliser son parcours indépendant et ne sera jamais entièrement intégrée au chemin de fer et aux organes de roulement.

Notons qu’un grand précurseur de la traction électrique, l’américain Thomas Davenport (1802-1851), construit un modèle réduit de locomotive électrique dès 1834, mais prend soin de le mettre sur une voie circulaire, et place la batterie, donc le point fixe, au centre de la circonférence formée par les rails. La question de l’alimentation d’un mobile à partir d’un point fixe est résolue par la présence d’un simple fil qui accompagne la locomotive et tourne avec elle. On imagine mal que les lignes de chemin de fer réelles soient tracées en forme de circonférence parfaite, avec la centrale électrique au centre, et un fil tournant reliant la centrale à la locomotive du train !

La locomotive électrique miniature de l’Américain Thomas Davenport : quand le modélisme précède le réalité. Il n’y a aucun « contact glissant » et le fil d’alimentation, fixé à la pile placée au centre, accompagne, en rotation, le mouvement de la locomotive à laquelle il est branché. La souplesse et la robustesse du fil jouent le grand rôle. Il fallait oser songer à un tel agencement qui rappelle celui de l’aspirateur ménager branché à sa prise…

Un autre précurseur, Siemens, passe aux choses sérieuses et expose, en 1879 à Berlin, un petit train « électrodynamique » (sic) à voie étroite (490 cm) capable de transporter des visiteurs, et actionné par l’électricité captée sur un rail central. Siemens a compris, lui aussi, que la traction électrique se fera à partir d’un point fixe mais parviendra à la locomotive par ce que l’on appelera un « contact glissant ».

Les trois documents ci-dessus montrent le train du vrai précurseur de la traction électrique enfin utilisable, avec captation par un troisième rail (à section plate et verticale) et « contact glissant » : c’est la firme berlinoise Siemens & Halske. Il semblerait que ce soit, ici, la première apparition du « contact glissant ».
Une modeste locomotive électrique utilisée dans les mines de la fin du XIXe siècle : sans doute avons-nous là un exemple des premières utilisations lourdes de la traction électrique.
Trois clichés ci-dessus: d’autres ingénieurs, pourtant, persistent dans l’autonomie. N’oublions pas les travaux de l’ingénieur Heilmann qui, en 1893, utilisera, sur le réseau de l’ « Ouest », la vapeur pour produire de l’électricité sur la locomotive elle-même. C’est logique, mais ce n’est que dans le cadre d’essais de traction électrique sur un réseau qui ne dispose pas encore des lignes électrifiées nécessaires pour faire les essais en question. Une fois le réseau électrifié, les deux bogies-moteurs de la locomotive Heilmann seront récupérés et renaîtront sous la forme de deux locomotives électriques classiques.
En 1897, le « PLM » s’intéresse, lui aussi, à la traction électrique, mais, s’il choisit le meilleur moteur du monde, il choisit la plus mauvaise solution du monde pour son alimentation : la batterie d’accumulateurs. Ainsi, il faut 48 tonnes de batteries d’accumulateurs, réparties entre la locomotive et un « fourgon accompagnateur » placé derrière lui en tête du train, pour obtenir des résultats pas très convaincants. L’automobile électrique actuelle, tout compte fait, dit : « pas mieux… ». La locomotive sera ferraillée en 1905.

Le modélisme ferroviaire des années 1950 : un précurseur ?

Ce qui aurait du être fait vers 1850 sera fait, par le modélisme ferroviaire et à partir des années 1950. En effet, en pleine querelle technique concernant le troisième rail conducteur comme étant une négation de la réalité, les amateurs souffrent de voir leurs locomotives type vapeur (mais à moteur électrique) devoir rouler sur une voie a trois rails. C’est alors que la marque allemande Fleischmann supprime le rail électrique central pour ces raisons purement esthétiques et fait rouler ses trains sur deux rails (comme en réalité). Tout le matériel roulant Fleishmann roule sur des essieux à roues isolées. Bientôt l’ensemble des grandes marques mondiales, dont Jouef pour la France, adoptera ce système désormais dit « deux rails » mais Märklin restera fidèle à son système « trois rails », du moins pour l’écartement « H0 », mais adoptera le deux rails pour son nouvel écartement « Z » lancé en 1972 ou pour ses magnifiques modèles en écartement « 1 ».

Un tel système n’a pas, à notre humble connaissance, été essayé dans le monde du chemin de fer réel : outre le problème posé par les essieux « court-circuiteurs », il aurait fallu prendre en compte le fait que la présence, sur le sol, de deux rails alimentés en courant traction 1500 volts continu ou 25000 volts monophasé aurait été très dangereuse pour les cheminots. On imagine, avec effroi, des appareils de voie et des pointes de cœur ou deux rails de polarités différentes auraient été à quelques centimètres les uns des autres ! Et les problèmes techniques d’isolement des roues par rapport au corps d’essieu auraient été insolubles du fait de la fragilité et de la complexité d’éléments isolants dans un ensemble qui demande une grande robustesse et une grande simplicité. Enfin, c’était priver le chemin de fer réel de son si parfait et si fiable système de détection de la présence de matériel roulant sur la voie par la très simple mise en « court circuit » des deux rails.

Chez Märklin, dans les années 1950, la grande tradition de son écartement « H0 » reste le rail central, mais avec la concession tardive de le dissimuler sous la forme de plots au centre des traverses pour que le tout ait un aspect réaliste. Le rail central devient un fantôme invisible. Sur ces plots un frotteur en forme de ski vient capter le courant. C’est bien du « contact glissant ». L’excellence et la fiabilité du système Märklin traditionnel est ainsi préservée.
Chez Fleischmann, à cette même époque de la querelle des anciens et des modernes entre les systèmes « trois rails » (ancien) et « deux rails » (nouveau), la voie ne comporte que deux rails, avec « aller » du courant par un rail et « retour » par l’autre. Cela n’a rien de la réalité technique ferroviaire, ce n’est pas du « contact glissant », mais cela permet de jouer la carte du réalisme d’aspect de la voie au prix d’un captage assez médiocre. Enfin les locomotives à vapeur ou diesel circulent sur une voie à deux rails. Mais on ne pourra plus faire des réseaux avec une boucle de retournement. Et, surtout, le système n’aura jamais la fiabilité du « trois rails », avec des encrassements, des captages irréguliers, des marches saccadées sur les appareils de voie, surtout sur les voies bon marché des marques populaires comme Jouef. Les modélistes se convertiront en astiqueurs de rails. Les détaillants vendront les produits nettoyants nécessaires.
Un réseau des années 1930, dans le très noble et grand écartement « 0 ». Les belles locomotives de la marque « Fournereau » représentent des « Pacific » à vapeur, mais sont, mal à moteur électrique, d’où la nécessaire et humiliante d’un troisième rail électrique central. D’autres amateurs de l’époque placent ce rail central sur le côté de la voie, estimant que c’est un peu moins envahissant : c’est le cas du réseau de l’ « Association Française des Amis des Chemins de fer », toujours visible aujourd’hui dans le sous-sol de la gare de l’Est. Seule, la marque allemande « Fleischmann » osera supprimer ce troisième rail dans les années 1950, mais en « H0 ».

Faisons simple : du fil aérien sur le côté de la voie.

La solution généralement utilisée par les tramways urbains classiques est le fil aérien, unique, tendu dans l’axe de la voie et elle semble bien être la première, chronologiquement, parce qu’elle est la plus simple, la plus légère, et la moins dangereuse. Un fil, donc. Le tramway laissera au trolleybus, qui roule sur des pneus et une chaussée inaptes à tout transport d’électricité, d’utiliser deux fils aériens.

Mais le fil aérien avec « contact glissant », ne sera jamais satisfaisant, même bien centré, haut placé au-dessus de la voie. Mais il y a eu des cas d’une installation sur le côté de la voie d’un fil simplement porté par des poteaux. C’est la solution des essais de locomotives électriques du « grand chemin de fer », comme sur la ligne de Marienfelde à Zossen, en Allemagne, avec un record à 210 km/h en 1903 (tapez « lamming zossen » sur « Google » pour voir l’article), ou comme sur la ligne de Berthoud à Thoune en Suisse pour un essai en 1889 (tapez « lamming thoune » etc…).

Deux clichés ci-dessus : Le fil sur le côté, avec « contact glissant », c’est le cas sur les Champs-Elysées, lors du fameux essai de tramway électrique entrepris par Siemens en 1872, dans le cadre d’une réconciliation franco-prussienne peut-être, et vite oublié ensuite. Les tramways à chevaux continueront à encrotter les belles rues de Paris pendant trois décennies. Siemens passera ensuite, et plus sérieusement, au rail central pour le captage par « contact glissant »(voir plus haut dans cet article).
Le fil sur le côté, ici en version triple puisque le triphasé oblige. Cette disposition utilisée pour les essais en 1905 entre Marienfelde et Zossen, près de Berlin, interdit d’emprunter tout appareil de voie donnant la voie déviée, mais elle est provisoire, faite pour un simple mais mémorable essai. Les firmes Siemens et AEG présentent chacun leur prototype, mais se résignent, le temps d’un essai, au captage par « contact glissant » sur fils latéraux.
Retour sur les premiers essais suisses, déjà traités sur ce site « Trainconsultant ». En 1902, en Suisse, le fil latéral promène discrètement et provisoirement sur environ 19 km, le monophasé 15000 volts du Seebach-Wettingen sur le côté de la voie. Le pantographe à captage latéral réjouirait un ingénieur SNCF actuel.

Faisons simple (suite) : feignons d’ignorer ce que l’on ne peut atteindre.

Les tramways parisiens commencent, timidement, à installer des fils électriques dans l’axe central des voies à partir des années 1890, mais au grand détriment des belles facades haussmanniennes dont les propriétaires détestent vigoureusement les cables de maintien et le font savoir. Les tramways à chevaux, à vapeur, à gaz, à batteries, disparaissent des rues de la Ville-Lumière peu avant la Première Guerre mondiale, tandis que le métro, dès 1900, assure, pour l’éternité, l’empire souterrain de la traction électrique souterraine avec un troisième rail qui en deviendra l’emblème éternel. Mais jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, on verra encore des tramways à chevaux rouler dans Paris.

Ci-dessus: la carte des lignes de tramways parisiens encore à traction animale, en 1910.

Petit albums des gens qui voulaient l’électricité, mais sans batterie ni fil, mais au prix d’un « contact glissant ».

De nombreuses lignes de tramway parisiens de la Belle Epoque évitent le fil aérien grâce au « caniveau » cachant son rail conducteur. Sur le cliché du haut, c’est la solution assez répandue du caniveau central (le rail sous tension est en rouge). Sur le dessin du bas, c’est la solution très astucieuse, digne de la prestidigitation, du caniveau latéral sous un des deux rails dont la gorge est ouverte. Le tramway est doté d’un frotteur plongeant dans la gorge du rail. Vue de la rue, il n’y a rien à voir : le tramway, électrique, roule sur deux rails ordinaires et semble puiser son énergie nulle part ailleurs. C’est ce que nous pourrions appeler du « contact glissant invisible ».
Vue, avec coupe partielle, du système Diatto, champion des adversaires du fil aérien. L’arrivée du tramway au-dessus d’un plot provoque, par aimant, sa mise sous tension. Une fois le tramway passé, le plot « retombe »en position hors tension. En théorie… Mais tout est beau, dans ce système, car tout est invisible, ou presque.
Le « ski » du système Diatto servant à prendre le courant sur les plots par « contact glissant ». Märklin, dans les années 1930, reprendra ce principe du ski et des plots pour ses trains en « H0 ».
Coupe (peu rassurante) d’un plot Diatto. En rouge le connecteur qui, sous l’effet d’un aimant porté par le tramway, monte et alimente le plot (bleu pâle), et, une fois le tramway passé, est censé retomber et, donc, mettre le plot hors-tension.
Tramway avec système de mise à la masse des plots par « contact glissant », par sécurité : deux précautions valent mieux qu’une… Nous sommes au bois de Boulogne. Les promeneurs veillent à ne pas mettre leurs pieds n’importe où.
Les clichés ci-dessus rappellent qu’un certain monsieur Diatto inventa, vers 1890, un système d’alimentation par plots (précurseur du système actuel dit « APS » (alimentation par le sol utilisé à Bordeaux). On se passe de fil, puisque des plots électriques placés dans l’axe de la voie, sont mis sous tension par le tramway qui s’approche, et sont censés se mettre automatiquement hors tension une fois le tramway passé. Sauf que…. la mise hors tension ne se faisait pas toujours, et bien des chevaux, suivant innocemment le tramway sur la chaussée, sont allés au paradis. En rouge, sur la carte : les lignes Diatto parisiennes au début du siècle.

Et, pour finir, ceux qui veulent une orgie de fils aériens.

Mais il y a les amateurs de fils, et qui en veulent plein au-dessus de leur tête. En 1920, sur une même et unique ligne parisienne, quatre systèmes électriques se succèdent, au grand désarroi du conducteur appelé « wattman ». On passe avec un égal bonheur du retour par les rails ou pas, à la ligne aérienne simple, ou la ligne aérienne double, ou les plots : bref, c’est, dans la rue, c’est digne de la salle « Energie »» du musée des Arts et Métiers (dont nous recommandons fermement la visite).
Pour ceux qui aiment les fils aériens : ici, sur un passage à niveau près de Bordeaux. On espère que le courant des uns ne se mélange pas avec celui des autres…
Voilà avec quoi la bonne bourgeoisie des villes de la Belle Epoque va apprendre à vivre.
Seulement, voilà: la caténaire aime danser quand les trains passent, et son agitation, avec des mouvements d’oscillation et des « vagues » progressant devant le train, finissent par gêner et même interrompre le contact quand il faut rouler vite. Ici, sur ce cliché, on voit ce les ingénieurs sont toujours confrontés à une nécessaire « science de la caténaire » dans les années 1980 et posent des appareils de mesure des oscillations. Cliché Yves Machefert-Tassin.

Faisons extrêmement simple mais très cher : le moteur électrique est « déroulé » sur la voie.

C’est finalement la solution la plus simple qui a pu, lors de recherches de ces dernières décennies, apparaître comme la plus logique et la plus proche des exigences techniques liées au roulement sur une voie ; le moteur linéaire. La notion de fixité n’étant que relative, on peut très bien décider que tout point mobile n’est mobile que par rapport à un point fixe donné. En matière de traction électrique, la locomotive est mobile par rapport à la caténaire. Mais dans un moteur électrique, l’induit (parfois nommé « rotor ») est mobile par rapport à l’inducteur, et cette mobilité relative marque bien la limite dans l’échelle des mobiles et des fixes.

Certains ingénieurs ont eu l’idée de déplacer cette relation au niveau de la voie en transformant la voie en inducteur comme si on avait « déroulé » l’inducteur du moteur pour l’étaler sur le sol. L’induit reste alors sur la locomotive et l’entraine. Il n’est plus question de « contact glissant », ni même de contact tout court. C’est ce qui a été essayé avec des moteurs linéaires à induction utilisés avec le « Sky-Train » (Vancouver) qui est bien un train, puisqu’il utilise des roues roulant sur une voie. Inauguré en 1985, ce système fonctionne et comporte 3 lignes et 53 stations et transporte en moyenne 390 600 voyageurs chaque jour. sur 79,5 km de voies. La majorité du réseau de métro est établie en viaduc, ce qui lui vaut le nom de « Skytrain ». Une partie du réseau utilise la technologie Advanced Rapid Transit (ART), de Bombardier, et ses trains sont donc bien propulsés par un moteur à induction linéaire. Logique, allant même jusqu’au bout de la logique de la traction électrique, cette solution reste très chère, pour ne pas dire hors de tout prix envisageable pour un réseau national entier, puisque c’est la voie qui devient, sur toute sa longueur, le moteur. Le moins que l’on puisse dire est que la généralisation de ce très intéressant système n’est pas pour demain, et notre bon vieux chemin de fer ajoutera encore des siècles et des siècles à sa forme d’existence actuelle.

Sur le réseau « Skytrain » de Vancouver, un métro à induction linéaire. Il n’y a pas de caténaire ou de troisième rail, donc pas de courant électrique à capter et à faire passer d’un point fixe à un point mobile par « contact glissant »: ici, le moteur, c’est la voie. Le courant électrique reste dans la voie et ne saute pas dans un train en marche. C’est donc parfait ? Oui, mais c’est hors de prix.

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