Un train de vie royal, mais sans train ni entrain ?

Ni boute en train …Sa gracieuse Majesté Charles III vient de prendre une décision mémorable : dans le pays inventeur du chemin de fer, il n’y aura plus de train royal. Trop gros, trop cher. Il sera remplacé par deux hélicoptères. Adieu les salles de bain, les WC, et même les confortables lits à bord d’un train. Avec l’hélicoptère, ce sera « Good vibrations » avec ou sans les « Beach Boys » (un succès de 1968).

Nous suggérons, dans la suite logique de cette action, de supprimer tout ce qui est trop gros, trop vieux, trop cher au Royaume-Uni, à commencer par Big Ben qu’il faudra remplacer par un smartphone collectif à consulter sur place, et le pont de la Tour de Londres par une nacelle faisant des allers et des retours sur un câble tendu au-dessus du fleuve : cela s’appelle un pont-transbordeur et, en France, nous en avons un, par exemple, à Rochefort, toujours en service (mais seulement pour les piétons et les cyclistes).

Avant de poursuivre, rappelons que nous avons déjà fait paraître, en 2020, un article « Trainconsultant » intitulé : « Les trains des rois et de ceux qui pensaient l’être ». Nous proposons ici de revenir simplement et brièvement sur l’histoire du train royal britannique.

Victoria inaugure la tradition du train royal britannique.

Locos fleuries pour trains royaux, par exemple, ici, décorée pour le mariage du Prince de Galles, futur roi Edward VII, vue en 1863.
Chambre à coucher pour le roi, sur le Great Northern Railway, vers 1920. Nous ne sommes pas à bord de l’un des deux hélicoptères prévus pour Charles III, isn’it ?.

Le Royaume-Uni, dont l’Angleterre fait partie, étant une monarchie et, par ailleurs, le pays inventeur du chemin de fer, il était normal qu’elle eût une pratique du train royal élevée au rang de tradition. C’est la reine Victoria qui l’inaugure avec deux voitures à six roues construites en 1869 par la compagnie du London & North Western Railway, voitures qui sont réunies ensuite en une seule sur deux bogies et douze roues.

Pour parler technique, précisons que le recours à des bogies à trois essieux permet un roulement plus stable : en effet, chaque essieu d’un bogie qui en comporte deux « tombe » entre les joints des rails en roulant, alors qu’avec trois essieux, celui qui est sur le joint reste soutenu par les deux autres.

Une autre particularité technique est la présence de portes d’entrée doubles pour la voiture-salon royale, à la mesure de la dignité et de l’ampleur royales !

Les fameuses toilettes du train royal de la Reine Victoria. Noter la fine décoration de la faiencerie.

Pour prévenir toute catastrophe, la reine fait limiter la vitesse du train à 65 km/h. Autre intervention – sans aucun rapport avec la précédente – elle demande que soient installées des toilettes à bord du train. Sans doute est-elle lasse d’attendre la prochaine station ou de demander des arrêts spéciaux en face du buisson adéquat qu’elle sait choisir avec discernement !

Ces arrêts étaient, d’ailleurs, impossibles à réaliser car, entre le moment où Sa Majesté repérait le buisson adéquat et le signalait à son majordome, et le temps mis à transmettre l’ordre royal à l’équipe de conduite sur la locomotive, plus le temps nécessaire pour ralentir et arrêter le train, eh bien … le besoin urgent de Sa Majesté s’était satisfait en petit pipi fait dans un pot de chambre placé sur le plancher du wagon royal par un majordome regardant ailleurs.

Pour l’anecdote, on sait que, quand on pouvait arrêter le train à temps et dans les limites des capacité de retenue de la vessie royale, la Reine était aidée alors dans sa descente du train par les épaules de son chevalier servant, John Brown. Celui-ci était réputé pour savoir manipuler, avec dextérité et élégance, mais aussi efficacité et douceur, l’intégralité de Sa Majesté dont le poids, sauf votre respect, était imposant et demandait un réel savoir-faire gestuel pour éviter une chute grotesque, dont la presse travailliste n’eût pas manqué de régaler ses lecteurs.

Et la France, éternelle annexe du Royaume-Uni ? La reine Victoria avait aussi un train royal garé à Calais pour ses voyages sur le continent, un fait très peu connu des amateurs de chemin de fer et dont, malheureusement, aucune description ou illustration précise ne nous est parvenue.

Un train ? Non des trains.

Il est à noter que l’on voit, en consultant la presse et les revues spécialisées d’époque, une très grande quantité de trains royaux sur le sol britannique, chaque réseau tant soit peu important ayant à cœur d’en avoir un, pourrait-on croire. Mais il n’en est rien : un train royal peut se composer à la demande. Lorsque les services du protocole royal annoncent une visite du souverain, les réseaux concernés doivent assurer le transport du souverain en respectant un certain nombre d’exigences, notamment de sécurité, d’espace à bord du train, de capacité de transport d’un grand nombre de personnes accompagnant le souverain. La locomotive sera, à coup sûr, une locomotive de vitesse de la compagnie prestataire pour sa partie du trajet, et qui tient, à travers une locomotive portant ses couleurs et sa raison sociale en lettres dorées sur le tender, à affirmer son image de marque.

La locomotive est amplement décorée : armoiries royales sur la porte de boîte à fumée, fleurs, guirlandes à profusion. Les voitures sur train, si la compagnie n’a pas construit un train royal permanent, sont des voitures-salon et de première classe, parfois réaménagées pour la circonstance. Si le voyage du souverain est important et emprunte plusieurs réseaux successifs, le train royal sera le même pour tout le trajet et seules les locomotives changeront en fonction de chaque réseau traversé.

Train royal du North Eastern Railway, vu vers 1890.
Ici, nous sommes sur le London & North Western, en 1887.

Edward VII surpasse maman.

Edward VII, fils et successeur de Victoria en 1910, se fait construire un train royal encore plus beau que celui de sa mère, aménagé comme un yacht de luxe, avec, cette fois, la lumière électrique en plus. Les lambris, tapisseries et meubles sont d’une qualité rare et valent ceux des trains royaux allemands de l’époque, comme celui de Guillaume II, un des plus luxueux au monde. Mais si Edward VII essuie un coup de feu dans son train lors d’un voyage à Bruxelles, Guillaume II y passera sa dernière nuit impériale en 1918, avant de se réfugier en Hollande : les trains royaux ne portaient pas toujours chance à leurs éminents occupants.

Très jolie vue du train royal en 1908. A noter : trois luxueuses voitures à douze roues, type Victoria, en queue du train.
Intérieur du train royal britannique en 1903, sur le London & South Western Railway, un petit réseau toujours actif et qui vient de faire parler de lui en 2025 en retournant le premier à la nationalisation.

Roi de 1910 à 1936, George V circule à bord d’un très beau train réalisé par le London Midland & Scottish Railway, qui sera aussi et surtout utilisé par George VI entre 1936 et 1952. Il est le plus connu des trains royaux britanniques, comme en témoignent des photographies d’époque datant du voyage officiel du roi et de la reine le 2 juillet 1937.

Le train des souverains britanniques en France.

En 1938, un train spécial est affrété à l’intention des souverains britanniques, événement rapporté et commenté par la « Revue générale des Chemins de Fer » dans son édition de septembre 1938. Les voitures sont celles de la Compagnie des Wagons-Lits de la région du Sud-Est, et de la région du Nord. Pour donner au train royal un aspect homogène, la peinture extérieure des véhicules ainsi que leur décoration font l’objet des dispositions suivantes: la locomotive et le tender sont entièrement repeints en bleu cellulosique type « Wagons-Lits brillant ». La même couleur est appliquée aux voitures et fourgons, qui se voient en outre ornés d’une bande d’or à hauteur de la toiture gris clair, de bogies traités au vernis noir et de faces apparentes des bandages peintes en blanc mat.

Sur les deux faces de chacun des véhicules ont été appliqués deux panneaux peints stylisant les armoiries britanniques et françaises. Les pavillons des deux pays ont également été peints sur les faces et à l’avant des deux locomotives : l’une est la Pacific 3.1280 Nord et l’autre la 231 Huet État n° 761 qui remorque le train royal sur les lignes du réseau de l’État, à l’ouest de Paris. Bref, en France républicaine on savait manier un grand et même un double train royal quand il le fallait.

Le train royal français fait pour la visite des souverains britanniques en 1938. La couleur est bleu sombre et le carénage est très réussi. Il sera démonté ultérieurement.
Rappelons, discrètement, que les Français sont d’ardents républicains…

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