Ils sont inséparables des magasins de modélisme parisiens de ces années d’après la Seconde Guerre mondiale qui ont déjà fait l’objet d’un long article déjà paru sur ce site (entrez « lamming magasins » sur « Google » directement). Mais les trains « VB » ont un statut très particulier dans l’histoire des trains-jouets français, car, s’ils apparaissent dans les années 1950 comme des modèles réduits exacts pour modélistes faits en « H0 », aujourd’hui ils « datent » et sont plutôt collectionnés comme des trains-jouets. Leur particularité est une utilisation de matériaux du type modélisme comme le bois, le carton fort, et des pièces métalliques, mais traités dans un style qui sera dépassé dès les années 1970 par la très fine et précise gravure des moules qui imposera la technique du moulage et des modèles reproduisant la réalité avec précision. Ils ont été la transition entre le train-jouet ancien pour enfants et le modèle réduit actuel pour modélistes ferroviaires. Les cotes atteintes par le « VB » sur le marché de l’occasion ou de la collection, aujourd’hui, sont parfois très confortables !
D’abord : un petit rappel technique concernant la différence entre le « 00 » et le « H0 ».
« 00 » ou « H0 » ?
Lorsque Märklin crée son programme en « 00 » en 1935, le « H0 » n’existe pas. Comment expliquer ce changement d’échelle et de dénomination ?
Le «00» est un écartement « 0 » divisé par deux, soit 32,5 mm : 2 = 16, 5 mm approximativement. Mais les trains-jouets en « 00 » ne sont pas deux fois plus petits qu’en « 0 » : leurs dimensions sont forcées pour loger les moteurs. Ils sont donc hors échelle. De nombreux fabricants pratiquent le « 00 » entre les deux guerres : en Allemagne avec « Bing » depuis 1922, ou « Märklin » et « Trix » depuis 1935, en France avec « JEP » dès 1925 (voie dite « de 18 mm » d’axe en axe), au Royaume-Uni avec « Bonds » depuis 1927 ou « Steward Reidpath » en 1927, « George E. Mellior » (GEM) depuis 1930, « Hornby » enfin en 1938, etc… Notons que « Märklin » , sur son catalogue français de 1935, utilise bien le terme de «Chemin de fer miniature écartement 00 » et pour ses catalogues allemands celui de « Spur 00 ».
Or l’appellation « H0 » (pour «Half Zero») vient des Etats-Unis : en important l’écartement de 16,5 mm déjà connu en Europe, les modélistes américains sont partis d’une vraie division par deux de l’échelle du « 0 », considérant, avec raison, que la voie de 16,5 mm est 87 fois plus petite que dans la réalité, et construisant des modèles à l’échelle du 1/87ème. Cette pratique américaine donne, pour un même écartement de 16,5 mm, des modèles beaucoup plus petits, sans dimensions forcées, et elle a été adoptée peu à peu dans le monde entier. En France comme en Allemagne, on est passé progressivement des termes « 00 » à celui de « H0 » pendant les années 1950 et 1960, tout en gardant les anciens modèles, mais aussi en faisant de nouveau modèles à l’échelle vraie du « H0 ».
Les chefs d’œuvre de messieurs Vollon et Brun.
La firme « VB » porte les initiales des noms de famille de leurs fondateurs : messieurs Vollon et Brun. Fondés en 1948, établis au 5, ave de la République à Paris, avec René Robin (père de l’actrice Dany Robin soit dit en passant) comme directeur technique, les établissements Vollon et Brun se font rapidement connaître par un programme de wagons à marchandises en « H0 » de qualité s’adressant aux modélistes. Les produits « VB » sont vendus dans le monde restreint du modélisme, et produits en trois gammes ou séries : « Maquette », « Semi-maquette » et « Métal léger ». Le grand public est toutefois visé avec des coffrets de trains complets circulant sur une voie à trois files de rails et ballast en tôle imprimée, et tout un assortiment d’accessoires comme des caténaires fonctionnels, le tout vendu dans les magasins de modélisme ou dits « de jouets scientifiques ».

L’histoire de cette marque est courte, malheureusement : elle n’a existé que pendant douze années, de 1948 à 1960. Dès 1960, elle est rachetée par la firme anglaise « Triang » qui appartient au grand groupe « Lines Brothers ». Celle-ci en poursuit quelques références, y compris une intéressante et curieuse série complète de trains du type SNCF dans le rare et peu pratiqué écartement « TT » (12 mm), ceci sous la marque « VB-Triang ». Un courageux artisan, Daniel Lejeune, essaye de relancer la production de quelques modèles « VB » après son rachat de la marque en 1962, produisant de nouveau la « BB 9001 » et la rame automotrice « Z-5100 » dont il a pu racheter les outillages. Mais faute de moyens, cette renaissance sera brève.
Rappelons que 1964, loin du monde « VB », le géant du jouet qu’est Triang (plus de 1000 ouvriers dans ses innombrables usines anglaises) rachète « Meccano » (donc aussi « Hornby » et « Dinky-Toys ») et aussi son usine française de Calais, déjà ouverte en 1959 par « Meccano » dans le quartier de Beau Marais. Notons que les derniers événements concernant l’usine de Calais ont été sa fermeture définitive en 2024 par son propriétaire du moment, la firme canadienne « SpinMaster », qui avait racheté cette usine en 2014. Elle a choisi de délocaliser la fabrication du « Meccano » en Hongrie, mettant au chômage 51 personnes.





La marque aux références innombrables : le doctorat en « VBologie » s’impose.
Bien s’y connaître en « VB » est une science à part dans le domaine de la collection de trains-jouets anciens, et elle ressemble beaucoup à la science des « Dinky-Toys » par l’accumulation des variations de décoration et des références. Les références « VB » (et les cotations en vente qui vont avec) sont un défi pour les collectionneurs de la marque, non seulement par le nombre des variantes de couleurs ou de matériau (zamac, tôle, carton, etc), mais par celui des chargements (voitures, camions, roulottes de cirque « Pinder », poutrelles, câbles, etc) et celui des marquages de wagons citerne ou de conteneurs (« Ricard », « Martini », « Calberson», etc) , ou même de missiles militaires… Certaines références, comme le train « Electro-entreprise » et ses jolis wagons jaunes peuvent atteindre le millier d’Euros et battent des records mondiaux pour du matériel roulant remorqué en « H0 », dépassant même certaines raretés de « Märklin ».
D’excellentes locomotives.
Vendue couramment dans les magasins de jouets les mieux achalandés, la marque « VB » agace les grands producteurs. « VB » bourdonne sérieusement autour des oreilles des grandes marques courantes comme « JEP » ou « Hornby » avec sa « BB 9001» (1955) ou sa « BB 9211 » (1957), ses voitures en acier inoxydable SNCF, sa rame SNCF « Z-5100 » ou la « CC 65000 » (1959). Ces modèles se distinguent par leur qualité de fabrication, et, notamment, un mécanisme lourd et puissant, silencieux, doux – comme on ne sait plus les faire. Ces modèles sont faits par d’authentiques modélistes, grands amateurs de chemins de fer, alors que, chez « JEP », « Hornby », « L.R.», ou « Jouef », promus par des chefs d’entreprise qui ont perdu, depuis belle lurette, leurs rêves d’enfant, ce sont des jouets conçus par des ingénieurs qui s’y connaissent en électricité ou en électroménager, et vendus par des commerçants plutôt spécialisés dans les landaus et les poussettes d’enfant et dans des magasins qui font dans ce que l’on appelle désormais la « puériculture » portant l’enseigne « A l’enfant roi » ou « Au bébé rose » et qui, pour Noël, mettaient quelques jouets en vitrine.





Petit album d’époque de quelques pièces de matériel « VB ».










PMP : un proche concurrent de VB.
Il est difficile de parler de « VB » sans voir l’ombre de « PMP » se profiler. C’est un peu le même monde, les mêmes magasins, et les mêmes clients, mais « PMP » reste un peu plus artisanal et cette marque est difficile à trouver, bien qu’elle soit aussi l’autre grande marque des années 1950. Fondée par Pierre-Marie Pillon en 1945, la marque se fait connaître par une rame de métro parisien en « 00 » très naïve en tôle peinte qui sera produite (et même vendue sous une forme perfectionnée par René Claude) entre 1945 et 1951, et qui est devenue aujourd’hui une rareté de collectionneur hors prix.

Un autorail suisse dit « Flèche du Jura » et une locomotive Diesel type BB, d’un style très USA, de dessin libre, sont proposés en Janvier 1949, tous deux en bronze. Une BB 8001 (ex-0401) en laiton apparaît dans le courant de 1949, suivie d’une intéressante locomotive type vapeur 030T « Boer » à caisse en bronze. Puis en 1950-1952, apparaissent les « BB PO E-244 », « BBB 6002», « BB 9001»,« CC 7001 » et « BB 9004». C’est la période proprement artisanale de la firme, avec des modèles en bronze ou en laiton de haute qualité certes, mais difficiles à fabriquer et chers à la vente, et, tout compte fait, d’un aspect massif et pauvre en détails.
C’est pourquoi « PMP », entre 1950 et 1960, se tourne définitivement vers le marché des amateurs avec des voitures en tôle type grandes lignes type « CIWL », « OCEM » ou « Nord », suivies d’une gamme de wagons type maquette. Toutefois quelques locomotives comme une « BB 8100 » en bronze ou un locotracteur « BDR » (Baudon-Donnet-Roussel) en zamac sont encore produits selon les techniques anciennes et très dépassées durant les années 1960. La marque cesse progressivement ses activités durant les premières années 1970. Aujourd’hui les trains « PMP » sont assez recherchés sur le marché de la collection, surtout les belles voitures de la « CIWL ». Nous reviendrons sur cette marque dans un prochain article.



« Antal », un autre contemporain de VB.
Cette petite marque artisanale a démarré sa production en pleine guerre, en 1943, sous la forme d’une locomotive type « Pacific PLM » qui sera appelée, comme le prototype réel l’a été en son temps, à un grand avenir et à une grande ubiquité en modélisme. Ce modèle, en zamac moulé, est dessiné par l’artisan Vuillaume (qui a aussi créé sa propre marque) et il est, comparé à ce qui s’est fait auparavant, d’une très grande finesse et d’un réalisme d’aspect qui le destine d’emblée aux modélistes ferroviaires, même si les enfants qui ont la chance de voir ce modèle dans les rares magasins qui l’exposent le désirent ardemment, eux aussi ! Mais le prix élevé de cette locomotive est dissuasif.
Le modèle est fabriqué et commercialisé par Antoine Alaverdhi : le nom de la marque « Antal » est composé des premières lettres de son prénom et des deux premières de son nom. Le modèle noir 20 v est le premier. Sorti en 1943 il dure peu au-delà de la Libération, car, dès les années 1949-50, le système dit « trois rails + courant continu » semble avoir gagné la partie chez les modélistes ferroviaires en « 00 » comme il la gagnera, dès les années 50, dans le domaine du train-jouet. Dépourvu d’éclairage, dépourvu de commande de relevage de distribution, doté d’un minimum de détails de chaudière, uniformément d’un noir triste, ce premier modèle se prête à des « surdétaillages » que les modélistes ou les revendeurs pratiquent volontiers.
Le modèle noir 20 v courant continu marque le vrai décollage de la marque. Il est proposé dans les publicités de 1949 (la firme est alors installée au 48, rue Vital, à Paris). Il présent sur les catalogues des détaillants dès 1950-51. Il est à noter que même « Fulgurex » démarre, avec le comte Giansanti-Coluzzi, en 1949 comme concessionnaire « Antal » en Suisse, au 2, Rue du Midi, à Lausanne. Vendu comme modèle de base ou « avec superdétails » (sic), le modèle comprend ou non un éclairage avant et des tuyauteries supplémentaires sur la chaudière. Il existe même une version « super amateur » avec un détaillage encore plus complet. Les voitures « Vuillaume » accompagnent la « Pacific » dès 1949 dans des coffrets.
Enfin, à partir de 1961, l’artisan Bascou reprend l’affaire « Antal » et propose sous son propre nom la « Pacific PLM » en version verte et « superdétaillée », et dotée d’un mécanisme entièrement nouveau et un boudin de guidage à l’essieu moteur médian. Une voiture type « OCEM » en tôle est proposée aussi. La locomotive sort en version « 231-H » avec écrans pare-fumée et des surchauffeurs, ou « 231-C » sans écrans ni surchauffeurs et avec une petite cheminée ronde. Certaines de ces machines ont les roues du troisième essieu bandage pour augmenter l’adhérence. En 1966, les publicités dans les revues proposent une « 231G » avec éclairage, nouveau moteur, nouvelles roues en rilsan, et vis sans fin en laiton. La production a cessé en 1967. Le matériel de l’entreprise a été vendu aux enchères en 1968.


