Un peu de train-jouet de collection pour nous reposer des grandes choses et des grandes causes habituelles traitées sur ce site… « BLZ », vous connaissez ? Cette marque est créée par trois associés en 1943, messieurs Pierre Bourdeaux (gestionnaire), Fernand Lheure et Aldo Zedda (ingénieurs), ayant déjà, individuellement ou ensemble, travaillé pour d’autres marques plus anciennes et plus importantes. Ainsi Aldo Zedda a déjà créé des locomotives pour « L.R.» notamment, puis plus tard il en créera pour « Jouef ».
La firme « BLZ » installe ses ateliers d’abord à Ivry-sur-Seine en vue d’une production d’outillage industriel, puis, en 1945, elle déménage pour la rue Villiers-de-l’lsle-Adam, à Paris 20e. La marque est déclarée, cette fois, comme étant celle d’une production de « jouets scientifiques » et de trains-jouets, ceci sous l’impulsion d’Aldo Zedda qui est un passionné de chemins de fer. Beaucoup de magnifiques prototypes sont étudiés et, de cette abondance de projets dont certains sont réalisés artisanalement pour des amateurs et sur commande, relativement peu verront le jour sous la forme de trains-jouets vendus en grande série et sur catalogue. Il n’y a pas que les locomotives : les voitures voyageurs sont tout aussi remarquables, de loin supérieures à celles des trains-jouets des grandes marques courantes, et les wagons à marchandises sont très intéressants, et d’une réelle qualité esthétique.



« BLZ » se tourne résolument vers le modèle très détaillé en zamac pour les locomotives, et en acier embouti pour les voitures et wagons. La voie est du type amateur et non jouet, ayant des rails en profilé et sur des traverses rapprochées bois. Le meilleur modèle est la très grande et lourde « CC 6001 » à deux moteurs deux bogies de trois essieux chacun, produite de 1948 à 1951. Son handicap est que le modèle réel est un prototype SNCF très peu connu du grand public, donc très peu porteur de rêves et d’une vente difficile en magasin. Curieux choix…
Une autre curieuse locomotive chez « BLZ » : elle à disposition d’essieux « lBl », simplifiée, réalisée en zamac et à l’écartement « 0 ». Elle remporte un succès certain auprès des enfants de l’époque et lance commercialement la marque. C’est, pour un enfant français, une locomotive qui ne ressemble à rien. Pour les connaisseurs, elle ressemblerait vaguement à une locomotive qui circule aux Etats-Unis depuis 1934 : la fameuse « GG1 » du type 2CC2 du grand réseau « Pennsylvania ». Le problème est que le modèle « BLZ » est loin, mais très loin, de ressembler d’une manière satisfaisante à la vraie locomotive, et loin d’avoir, par exemple, les dix essieux nécessaires. Avec quatre essieux, dont deux essieux moteurs au lieu de six réels et deux bissels au lieu de deux bogies réels, on ne peut que constater l’échec esthétique de ce modèle qui, pourtant, aura une assez bonne commercialisation en France, sans doute par son aspect peu courant. Notons que, techniquement, la locomotive est constituée de deux coques symétriques en zamac comprenant tous les paliers des axes du mécanisme et les supports du moteur qui sont venus de moulage. Ces deux coques s’assemblent et se démontent comme un œuf de Pâques, d’où son surnom qui lui est donné par les collectionneurs. Les wagons de marchandises, à deux essieux, ou les voitures à voyageurs, typiquement françaises, sont d’une réelle qualité technique et ressemblent à ce que l’on peut voir dans les gares de l’époque.
Fidèle à l’écartement « 0 », la marque prend le temps de lancer une gamme en « H0 » avant de disparaître en 1951 ou 1952, sans doute pour cause de manque de notoriété, et pour une vente qui ne se fait que dans les magasins de modélisme et hors du réseau des magasins de jouets.
Mais, comme les héros de Wagner, la marque renaît de ses cendres. Ici c’est sous le nom de « EFFEL ». Cette resurrection est assurée en 1952 par Fernand Lheure (« EFFEL » sont ses initiales « F.L.») qui installe son atelier rue Piat à Paris (20e) après la cessation d’activités de « BLZ ». Il remet en production (ou écoule un stock) de voitures « BLZ », mais, surtout, il produit à l’unité des locomotives très connues du grand public, comme les « BB 9004 », « 2D2 9100 » et « BB 12000 ». Mais les ventes, ici encore, se font au détail et seulement dans les magasins de modélisme. Elles restent donc modestes. Le décès de Fernand Lheure mettra une fin définitive à l’aventure « BLZ » dans le courant de l’année 1953.



Notons que « BLZ » conçut aussi des trains en « H0 » de type jouet de base pour grands magasins avec la sous-marque « Scellé Bell », comportant une locomotive type CC mais sur trois essieux au lieu de six, et accompagnée de voitures « Etat » type BLZ.

La « 231-761 » de B.L.Z. : l’autre réussite en « 00 » de la marque.
Nous ne serions pas complets si nous oublions la « Pacific » carénée du réseau de l’ « Etat » reproduite par « BLZ » au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et pour l’écartement « 00 ». Le train Paris-Le Havre du catalogue « BLZ » se compose d’une locomotive réf. 2001 carénée du type « Pacific », et de trois exemplaires réf. 2101 d’une voiture type « Saucisson » du réseau de l’ « Etat », le tout donnant un ensemble qui a fière allure et qui fait concurrence au train « JEP » composé d’une représentation des mêmes voitures mais avec la voiture-mixte-fourgon en plus, et d’une locomotive « OCEM » à disposition type 232 du réseau « Nord ».
Ce train Paris-Le Havre est, pour le moins, correctement composé et « BLZ » évite de faire l’erreur que fait « Hornby » en 1939 avec son train « Etoile du Nord » en « 0 » montrant une regrettable confusion entre la locomotive carénée « Nord » N° 3.1280, d’une part, et, d’autre part, la locomotive carénée de l’« Etat» N° 231-761. Certes, les deux locomotives réelles se ressemblent beaucoup.
En effet, la grande marque « Hornby » place devant ses voitures « Saucisson » sa reproduction de la « Pacific » 3.1280 « Nord » qui, autre grave défaut, aurait du être une 231, mais qui est, pour des raisons de budget, ramenée au type 221 pour pouvoir utiliser le bloc-moteur à quatre roues standard de la marque. Cette habitude est connue chez Hornby, du moins en France, pays où jamais la firme ne produira une « Pacific » à 12 roues et correcte, faute d’avoir crée un bloc-moteur à six roues.
Rendons quand même cette justice à « Hornby » : il est possible que, dans la réalité de l’évènement de la visite des souverains britanniques en 1938, la rame de voitures « CIWL » et « Nord » (ces derniers repeintes en bleu marine) remorquée par la « Pacific Nord » entre Dunkerque et la gare du Nord à Paris, ait été prise en charge par la « Pacific Etat » entre les gares du Nord et de l’avenue Foch, sur la Petite Ceinture coté ouest, là où les souverains devaient quitter leur train. La confusion entre les deux locomotives carénées pouvait venir de ce changement en cours de route.
Il est certain que la culture ferroviaire de la firme « BLZ » est au point, et que Aldo Zedda, un des trois fondateurs de la firme, est un passionné de chemins de fer très informé. C’est d’ailleurs sans doute une illustration parfaite de l’esprit qui anime les marques en « 00 » françaises fondatrices du modélisme ferroviaire dans cet écartement : elles sont créées par de véritables amateurs de trains réels, et non par des fabricants de jouets. La locomotive est à l’échelle, tout comme les voitures qui, en dépit d’une facture assez simple, sont à l’échelle et alignent correctement huit fenêtres pour une A8, plus les deux petites fenêtres d’extrémité de caisse. Toutefois, et contrairement à « JEP », qui, décidément par tradition aime et réussit ses fourgons, « BLZ » a négligé de reproduire la très belle voiture mixte-fourgon « Etat » avec son bout arrondi.
Réussie, si l’on considère les techniques de l’époque, la locomotive fonctionne bien. Elle possède un lourd corps en zamac, des marquages « Etat », un mécanisme tout métal, un embiellage avec contre-manivelle. Disparue trop tôt du marché par suite de la fermeture de la firme, cette locomotive et ses voitures forment un ensemble plutôt rare, aujourd’hui, et assez recherché.







Pour conclure : les réalisations d’Aldo Zedda pour « LR » et « Jouef ».
Le fils d’Aldo Zedda a travaillé chez « Jouef ». Nous l’avons rencontré en travaillant comme consultant pour « Jouef » dans les premières années 1980, et il nous a bien confirmé que son père a travaillé chez « LR », notamment pour la création de la 2D2 et se la caténaire fonctionnelle. C’est pour cette 2D2 qu’il a inventé et breveté la disposition d’essieux 2ABA2 qui permet l’inscription en courbes de très faible rayon du genre 325 mm qu’une disposition en 2D2, très rigide, interdirait. Dans cette disposition, seuls deux essieux moteurs, centraux, sont solidaires du châssis de la locomotive. Son fils a repris cette conception inventée et brevetée par son père, et l’a appliquée pour Jouef.




