Vidal-Lablache: ses cartes des chemins de fer qui nous ont fait rêver.

Sans doute, à nos yeux, la plus belle carte des chemins de fer français Vidal-Lablache, parue dans son atlas de 1917, alors que le retour de l’Alsace-Lorraine pour laquelle le grand géographe a consacré sa vie, est enfin possible. Par pudeur, sur cette carte de 1911, Vidal-Lablache n’a pas représenté l’Alsace-Lorraine en une couleur différente de celle de l’empire allemand, et en violet, signe de deuil comme le font un certain nombre de cartographes de l’époque. Les quatre paragraphes, sous la carte, sont un des meilleurs résumés possibles de l’histoire du réseau ferré français. On apprend qu’en 1911, le chemin de fer transportait les 2/3 du poids total du trafic national: heureuse époque !…

Nous les aimons tous, ces magnifiques cartes des chemins de fer (ou aussi des canaux ou du relief de la France, soyons larges d’esprit…) qui, lorsque nous étions dans une école dite encore « primaire », appelons les choses par leur nom, nous fascinaient quand l’instituteur (pas encore « professeur des écoles », idem) les sortait de leur meuble en bois ciré pour les accrocher sur le tableau noir qui avait toujours deux crochets pour cet usage républicain, laïc et obligatoire. Parfois d’humeur facétieuse, l’instituteur mettait la carte du côté « muet » et, de sa longue règle, pointait une gare…. Gare (c’est le cas de le dire) au coup de pied aux fesses de l’impudent qui clamait à haute voix triomphante « Bordeaux !!! » alors que c’était Lille. On savait par cœur ses gares, comme on savait ses départements, ses préfectures, ses quatre grands fleuves et les débits. On savait la France.

Paul Vidal de la Blache, créateur d’une certaine vision de la France dans l’esprit de chaque enfant français.

Paul Vidal de La Blache, né en 1845 à Pézenas, très brillant élève du lycée Charlemagne à Paris, entre en 1863 à l’École normale supérieure à l’âge de 18 ans. En 1866, il est reçu à l’agrégation d’histoire et géographie puis il est professeur au lycée de Carcassonne en 1866-1867. Il enseigne ensuite à l’École française d’Athènes entre 1867 à 1870, et voyage en Italie, Palestine, et surtout en Égypte, où il se passionne pour le canal de Suez.

En Grèce, Vidal de la Blache découvre sa vocation de géographe, s’intéressant à l’influence des reliefs et de la topologie des lieux sur les civilisations.

Après la défaite de 1871, et comme pour d’autres matières universitaires comme la philosophie, une prise de conscience se fait en France concernant un « retard français » en matière de savoir et d’enseignement et du fait que la défaite a eu pour une de ses causes ce retard intellectuel par rapport à la Prusse et une Allemagne qui se crée avec un fort sens national.

Très peu défendue en France dans le système universitaire et scolaire au XIXe siècle, la géographie est encore absente du mouvement des idées. La réorganisation des universités après 1871 fait que l’Université de Strasbourg, ville devenue allemande, est déplacée et refondée à Nancy, et c’est là que Vidal de la Blache se voit offrir un poste d’enseignant en 1872 : ce sera le début d’une carrière de tout premier plan. Il sera rapidement maître de conférences puis sous-directeur de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm (1877-1898), professeur à la Sorbonne (1898-1909).

Il est très rapidement connu comme auteur, et même éditeur de matériel scolaire avec les fameuses cartes murales qu’on retrouve encore par milliers dans les écoles primaires, et il établit dès 1910 le plan de la « Géographie universelle », qui sera publiée, après sa mort, durant plus de 20 ans – de 1927 à 1948.

Paul Vidal de la Blache (1845-1917). Document Wikipédia.

Géographe au service de la Nation en guerre

Peu avant sa mort, une grande mission nationale et ultime est offerte à Vidal par le Service géographique de l’Armée, afin de soutenir l’effort de guerre et de préparer de la documentation pour la renaissance de la France d’après la victoire. En février 1917, Aristide Briand crée le Comité d’études du ministère des Affaires étrangères, présidé par l’historien Lavisse secondé par le géographie Vidal de La Blache, qui rassemble enfin l’élite des historiens et géographes du Collège de France et de la Sorbonne en vue de  la nouvelle carte de l’Europe politique. Vidal de La Blache meurt à 73 ans en avril 1917 après que son fils Joseph, géographe comme lui, ait été tué en janvier 1915 dans l’Argonne.

Carte murale et carte d’atlas scolaire : ne pas confondre.

Les cartes murales (117 x 98 cm, mais cataloguées comme 120 x 100 cm) publiées par Armand Colin, sous le nom d’auteur de Vidal-Lablache, sont les plus connues, mais elles sont bien moins complètes et détaillées que les cartes publiées dans les atlas ou les manuels de géographie pour d’évidentes raisons pédagogiques: les cartes murales sont destinées à l’exercice collectif en classe, et sont donc visibles à distance pour une quarantaine d’élèves dont certains, au fond (les cancres ?) doivent avoir une bonne vue et, en général, ne peuvent lire que les noms des villes les plus importantes. En général, plus on est proche de la carte, plus on est savant car, alors, on parvient à lire les petits noms et surtout les noms en gris ou bleu pâle que sont les cours d’eau, les petites villes, ou certaines indications de lointaines destinations visées par les lignes comme des capitales étrangères.

La carte murale scolaire N°7, très recherchée par les amateurs de chemins de fer actuels. L’auteur de ce site-web a la chance de la voir depuis son lit… et commence toujours sa journée par la contemplation de cette magnifique carte.

Mais elles sont loin, très loin, d’avoir la richesse et la quantité d’indications données par les cartes contenues dans les livres, que ce soit des manuels scolaires ou des atlas, du même éditeur ou d’autres. Pour nous, le meilleur atlas est bien le « Histoire et Géographie – Atlas classique Vidal-Lablache » publié en 1917 chez Armand Colin au format 27 x 36 cm, et qui comporte 342 cartes en couleurs, un index de 30.000 noms et qui, surtout, est un atlas à la fois historique et géographique. C’est le dernier véritable atlas Vidal-Lablache, l’auteur étant décedé cette année-là. Il contient la carte en couleurs représentant le réseau ferré français en 1911, reconnaissable au fait que l’Alsace et la Lorraine sont encore allemandes.

Nous signalons que, outre ce petit article qui est une simple note, nous avons déjà traité, sur ce site-web, de la question de la connaissance de l’histoire du chemin de fer français par les cartes avec un article plus important et illustré par un plus grand nombre de cartes, notamment d’origine Chaix ou Lartilleux, ou Taride, etc.

La carte de l’atlas Vidal-Lablache de 1930, donc ne comportant pas la mention du nom de l’auteur qui est décédé en 1917. Le réseau français est à son extension maximale, mais la situation, créée par la crise, n’en fait pas une époque de prospérité.

2 réflexions sur « Vidal-Lablache: ses cartes des chemins de fer qui nous ont fait rêver. »

  1. Paul Vidal de La Blache était admis au concours de l’ agrégation à 21 ans ! Il fallait le faire ! Je n’ose pas dire quel âge j’ avais quand je l’ai eue en 1965 ( Sciences nat.)
    j’aime ces cartes géniales qui expriment bien le poids des régions ( Nord et PLM)
    Amitié
    Michel

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    1. J’ai eu le concours de prof d’Ecole Normale Supérieure (qui donne l’agrég) à 37 ans et le doctorat d’Etat (NR) à 55 ans…. donc je suis encore plus tardif (ou paresseux)… Bien à vous, cher Michel.

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