Le « caboose » : le wagon le plus choyé du cinéma mondial.

C’est, sans nul doute, le véhicule ferroviaire le plus populaire au monde car il a été plus filmé, avec sa haute guérite vitrée dominant avec arrogance les étendues sauvages de l’Ouest…. Les amateurs de chemins de fer du monde entier l’adorent, car il flaire bon la conquête du Far-West,  l’aventure ferroviaire américaine, le voyage clandestin, de nuit, sur les toits des wagons, pour le « hoboe » qui surveille avec anxiété le « caboose » menaçant et son redoutable chef de train prêt à les déloger sans égards… D’autres vagabonds ont plus simplement dormi dans un « caboose » garé et dont les lits offraient un confort d’autant plus apprécié qu’il était gratuit.

Caboose canadien, ce pays imitant son grand voisin toujours pour le mieux et parfois pour le pire… Le « monitor » semble surdimensionné par rapport à la caisse.
Un classique du genre, vu, ici, en 1907.

La légende du « caboose ».

D’où vient l’appellation ? Sans doute par une déformation de tous ces mots des différentes langues des immigrants désignant une cabane, une cabine ? Le mystère reste entier. Par contre la partie surélevée formant une guérite vitrée est communément appelée « monitor » et désigne bien la fonction essentielle de ce véhicule placé en queue du train : avertir.

Avertir l’équipe de conduite de la locomotive que quelque chose ne va pas: la rupture d’attelage toujours possible devant les charges croissantes des trains, la boîte d’essieu chaude par manque de graisse, l’essieu bloqué qui fait fumer les roues et, la nuit, crée des gerbes d’étincelles, le chargement d’un wagon en cours de chute partielle ou totale, la présence de voleurs ou de vagabonds, bref tout ce qui peut se passer à bord de ces immenses trains roulant à travers le continent américain durant des jours et des nuits. Cent wagons et 10 000 tonnes à surveiller…. Une fortune qui passe ainsi sous les yeux et le nez cupides des hors la loi embusqués le long des voies !

Mais aussi le « caboose » est aussi le logement de l’équipe d’accompagnement du train. Véritable demeure roulante pour des trajets interminables, il comporte des lits, une table, un poêle, des armoires à vêtements et à vivres: il faut parfois rester plusieurs jours à bord du « caboose » qui est, en somme, non seulement un lieu de travail mais aussi une véritable maison roulante. Le réfrigérateur bricolé pour fonctionner grâce à la dynamo et aux batteries 24 volts du « caboose » est aussi un ajout tardif des années 1950, et parfois non officiel… Mais on trouve aussi, placés sous le châssis dans des coffres, des outils pour le relevage d’un wagon déraillé ou pour effectuer une réparation sommaire.

Le « caboose » est indispensable jusque dans l’univers des trains-jouets américains. Ici, un modèle Lionel pour l’écartement « 0 » des années 1880.

Des variations à l’infini sur le même thème.

Monotone et uniforme, le « caboose » ? Loin de là… D’abord il y a des centaines de décorations possibles de la part de plusieurs centaines de réseaux américains dont les combinaisons de couleurs et les raisons sociales sont innombrables et permettent toujours des découvertes, même pour les connaisseurs les plus avertis à qui le nom de la moindre compagnie locale, titulaire de cinq ou dix kilomètres de voie, est connu. Véhicule remarqué, le « caboose » arbore non seulement le nom de la compagnie, mais aussi son slogan commercial, sa déclaration de principe sous la forme de ces phrases de trois à cinq mots percutantes et imagées dont les Américains ont le secret.

Mais aussi la forme et la conception générale du wagon offrent des variations intéressantes. Le « monitor » peut être central ou à une extrémité. Les surfaces vitrées peuvent être de formes très différentes. Mais aussi le « monitor » peut ne pas être sur le toit, et prendre la forme de baies latérales en encorbellement dignes des plus romantiques cottages anglais.

Les plates-formes d’extrémité, toutefois, semblent un genre obligé. Elles permettent de monter et de descendre facilement quand le train roule lentement, ceci pour gagner de précieuses secondes dans l’urgence. Elles permettent une surveillance plus facile et plus efficace du train et de la voie. Elles permettent enfin, et surtout, de mieux se défendre et de régler, avec plus d’efficacité, son compte à la carabine Winchester à un hors la loi armé et menaçant, descendant à cheval en direction du train depuis une colline avoisinante…

Photographiés à Ogden, dans l’Utah, deux « cabooses » portant le jaune légendaire de l’ « Union Pacific » montrent deux dispositions différentes mais tout aussi classiques de leur « monitor »: à gauche, la disposition ancienne sur le toit avec les deux vitres de surveillance correspondant aux deux sièges surélevés disposés de part et d’autre du couloir central, et, à droite, la disposition plus récente en « bow window » révélant implicitement que les fonctions de surveillance sont déjà moins importantes.
« Caboose » portant fièrement les couleurs vives du fameux « Santa-Fe ».
Petite « caboose » à deux essieux pour lignes secondaires, et lignes en voie étroite.

Aujourd’hui il n’y a plus de « caboose »…

Hélas, les meilleures choses ont une fin et le « caboose » a totalement disparu de la scène ferroviaire américaine. La raison est, d’abord, les compressions de personnel que pratiquent impitoyablement les compagnies américaines: la productivité et l’augmentation des bénéfices, pourtant déjà considérables pour les grandes compagnies ferroviaires américaines, sont la règle. Sur la locomotive, on trouve toujours un conducteur et son assistant à qui il incombe de surveiller le train, si possible.

L’autre raison tient aux grands progrès accomplis en matière de wagons de marchandises: non seulement les attelages, les systèmes de freinage, les organes de roulement sont infiniment plus sûrs, mais aussi les conditions de transport ont changé: le container solidement arrimé, le wagon fermé même pour les automobiles ou les marchandises en vrac, le wagon trémie à toit mobile, voilà qui ne demande plus de surveillance particulière, alors que jadis les wagons plate-forme ordinaires ou les tombereaux à bords bas n’offraient pas les mêmes garanties de protection des marchandises.

Un « cabosse » photographié en 1948. Doc.AAR.American Association of Railraods.
Intérieur d’un « caboose », sans doute réaménagé en « résidence secondaire », ce qui est fréquent aux USA où l’on aime habiter dans tout ce qui a roulé et a échoué dans un lieu perdu.

Le « caboose » au musée.

Le Baltimore & Ohio Railraod Museum est né, officiellement, en 1953. Parmi les nombreux musées ferroviaires américains, e très intéressant musée offre une collection qui a été constituée dès 1892 et un nombre très impressionnant de 48 locomotives réelles exposées témoigne de l’importance et de la richesse de ce qu’offre une visite dans cet établissement qui reste un des grands classiques américains, qualifié de « unparalleled » par les amateurs américains les plus exigeants: c’est tout dire!

Rares, très rares, sont les musée au monde pouvant présenter une locomotive datant de 1836 et qui ne soit pas une réplique: c’est le cas de la John Hancock au sein d’une collection de 9 locomotives à vapeur datant du XIXe siècle entièrement en état d’origine, à laquelle s’ajoutent 20 locomotives à vapeur du XXe siècle, et 14 locomotives diesel-électriques, 3 locomotives électriques (chose rare aux Etats-Unis), 2 automotrices électriques, et des grues, des locomotives de manœuvres, etc. Les trains carénés, entiers avec leur locomotive, leur tender, et des voitures, restent, sans nul doute, le « must » de la visite et apportent une grand émotion, plongeant le visiteur au cœur d’un âge d’or désormais révolu.

Les voitures, datant des débuts du chemin de fer américain pour 5 d’entre elles, et retraçant toute l’histoire de la voiture à voyageurs américaine pour les 20 suivantes, constituent une collection très riche dont il est difficile, lors de la première visite, d’évaluer l’importance. Le pittoresque matériel marchandises, avec pas moins de 5 « cabooses », et un infinité de wagons de tous types dont le plus ancien date de 1882, montre la dimension et l’ampleur du rôle du chemin de fer américain dans l’économie du plus puissant pays du monde. Enfin des chasse-neige, des « brise-glace », des véhicules de d’entretien très curieux complètent une collection décidément très exhaustive.

Le musée est ouvert tous les jours de 10h à 17h30 (sauf  le jour du Thanksgiving Day et de Noël). IL est situé au 901, West Pratt Street,  BALTIMORE – MD 21223-2699 Etats-Unis.

In memoriam…

Un peu de latin ne fait pas de mal quand il est question des « States »…Alors le « caboose » reste « in memoriam », seulement un souvenir, avec son haut « monitor » dont chacune des deux vitres laisse voir un visage anxieux scrutant les paysages sauvages de l’Utah ou de l’Arizona, avec ses plateformes balayées par les vents brûlants du désert du Nevada. Mais, heureusement, les immenses trains traversent toujours les Rocheuses. Les plus lourds et les plus longs sont remorqués par quinze locomotives, cinq en tête, cinq au milieu, cinq en queue, et des kilomètres de wagons s’étirent sur les méandres de la voie, et le son plaintif des puissantes sirènes résonne toujours dans les montagnes, se répercutant de canyon en canyon, se mêlant à la plainte lancinante du vent du désert.  « Go West, man ! »

Train de 54 wagons vu en 1920 aux USA. Le « caboose » est loin derrière la locomotive.

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