Les plus belles locomotives « Hornby » : des « N°2 Special » à la « Princess ».

C’est, pour les historiens du chemin de fer anglais, l’époque de la « folie de grandeur » (c’est ainsi que les Anglais utilisent le terme français) de Frank Hornby, lorsque, en 1929, il décide de produire plusieurs modèles réduits exacts de locomotives anglaises du type 220, appelées « N°2 Special » sur le somptueux catalogue de la marque. C’est la rupture avec le naïf train-jouet et la conquête du marché haut de gamme des amateurs exigeants. Le pari sera-t-il gagné ?

En 1929, Frank Hornby est au sommet de sa gloire. « Hornby » veut ajouter à sa production de trains-jouets ce qui passera, aux yeux du public de l’époque, pour des maquettes des plus belles locomotives anglaises du moment. « Hornby » veut en faire les plus beaux jouets dont les amateurs adultes puissent rêver.

La « Midland Compound » et la « Princess Elizabeth » du « London Midland & Scottish Railway » sous la forme de modèles « Hornby » en écartement « 0 » dans les années 1960. Collection de l’auteur.

Courageux, mais pas téméraire, « Hornby » se limite au seul marché britannique pour ces belles locomotives, et ne créera pas, donc, des modèles français bien que l’implantation de sa marque dans notre hexagone national ait été une réussite commerciale certaine. « Hornby » ne crée pas, non plus, pour ces locomotives nouvelles et haut de gamme, un mécanisme spécial. Il se limite à un réemploi de la platine classique à deux essieux moteurs, à laquelle il ajoute un bogie avant pour obtenir des locomotives du type 220 à bon compte. Toutefois la marque prendra le risque d’une platine donnant un châssis-moteur à trois essieux pour la « Princess Elizabeth » en 1937, une locomotive qui sera le chef-d’œuvre absolu pour la marque.

Pour le moment, donc, « Hornby » utilise très astucieusement et sagement le mécanisme à quatre roues disponible pour l’ensemble des locomotives de la marque, qu’elles soient de type 222T, 221T, ou 220 ou 221 à tender séparé. C’est pourquoi il choisit soigneusement, au sein des locomotives réelles du moment, des machines de type 220 circulant sur les principaux réseaux britanniques, parce qu’elles ont pour principale vertu de n’avoir que deux essieux moteurs.

Ces locomotives, pour les commerciaux de « Hornby », doivent remplacer les anciennes 220 à tender trois essieux 2711, mais, dans les faits, elles s’adressent à un tout autre public, celui des amateurs adultes. Les anciennes 2711 étaient, en leur temps, au sommet du jouet pour enfants, alors que les nouvelles « N°2 Special » quittent franchement le monde du jouet pour aller en direction de celui du modélisme.

La concurrence en face de « Hornby ».

Il faut dire que, sur le marché britannique, « Hornby » n’est pas seul. Il y a, outre quelques fabricants de trains jouets bas de gamme en tôle lithographiée comme « Chad Valley » ou « Triang », surtout la vénérable et très ancienne marque anglaise « Basset-Lowke». Cette marque est à signaler pour l’influence profonde et durable qu’elle exerça sur le modélisme britannique ( et même français en « 0 » des années 1920 et 1930, et pour avoir produit une Pacific PLM dans cet écartement).

Fondée en 1899 par Wenman Bassett-Lowke à Northampton, en Angleterre, cette honorable firme commence à fabriquer des trains pour une clientèle de modélistes ferroviaires, soit de façon artisanale et en faisant appel aux meilleurs artisans de l’époque, soit de façon industrielle en sous-traitant avec de grands fabricants allemands comme « Bing », « Carette », ou « Märklin » dont « Bassett-Lowke » importera des modèles de type britannique conçus en Allemagne. Ceux-ci vont faire de magnifiques modèles de type anglais, nettement supérieurs sur le plan du réalisme, aux modèles type jouet que la marque allemand produit pour son marché national.

La guerre de 1914-1918 oblige « Bassett-Lowke » à travailler seul et à investir dans un programme de fabrication purement national. Mais dès les années 1920, les relations avec l’industrie allemande sont renouées et la gamme offerte est très importante durant cet âge d’or de l’entre deux guerres. Elle comporte des trains électriques ou mécaniques ou à vapeur vive, de type anglais, et dans tous les écartements possibles, du « 0 » aux grands écartements d’extérieur comme le « 2 ½ » ou le « 3 ½ ». Le grand modéliste Henry Greenly est le conseiller de la firme et met au point une gamme remarquable de locomotives de type 220, 230, 231, etc….

Un réseau « Bassett-Lowke » vers 1920 : nous sommes loin de l’esprit jouet de « Hornby », mais « Hornby » est conscient de la réalité d’aspect de ces modèles « Bassett-Lowke » et veut s’introduire dans leur « niche ». Il reprendra la plupart des bâtiments, signaux, et accessoires de son concurrent, mais en les traitant avec des coloris et des formes beaucoup plus attrayants, notamment avec des lithographies magnifiques.
Un réseau « Basset-Lowke » : seul le rail central trahit la réalité ferroviaire. La signalisation, le tracé, l’exploitation sont déjà loin de ceux des trains-jouets.
Les très sérieux bureaux de la vénérable maison « Bassett-Lowke » , et le « patron » est au travail. Nous ne sommes pas chez « Hornby » qui est une grande usine et une production de masse. Henry Greenly apparaît dans le médaillon.

Les difficiles années 1950 ne voient plus que des productions en « 0 » ou des modèles pour musées et la mort de Bassett-Lowke entraîne une mise en sommeil de la firme qui cesse toute production au milieu des années 1960. Toutefois, en 1968, une nouvelle production est lancée à Northampton, la marque ayant été reprise par Ivan Rutherford et Allen Levy, l’auteur et collectionneur bien connu. La production cesse de nouveau quelques années plus tard, quand Allen Lévy fonde sa propre firme « ACE Trains », puis elle est relancée en 2000 par un repreneur, le groupe Gorgi.

Une 230 « Bassett-Lowke » mécanique sur le réseau « Hornby » de l’auteur de cet article : elle y trouve bien sa place, et amène, avec elle, des qualités supérieures quant au fonctionnement et à la marche constante et douce.
La « Princess » de « Basset-Lowke » : une concurrence frontale avec « Hornby » mais, peut-être avec moins de charme et de chic, parce que moins « jouet ». « Basset-Lowke » s’adresse à un public de modélises adultes.

Quatre beautés originales chez « Hornby ».

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Frank Hornby est décidé à prendre le taureau par les cornes et à devenir le plus grand producteur de trains-jouets mondial, comptant aussi sur son génial « Meccano » et ses inimitables « Dinky Toys » — ces deux jouets étant d’ailleurs immensément imités dans le monde entier, France comprise.

En général, les fabricants de jouets ou de modèles réduits sortent prudemment une nouveauté à la fois. Mais, Frank Hornby, à son habitude, est un « fonceur »et ne fait pas comme les autres. Surtout, il frappe fort et propose, en 1929-1930, pas moins de quatre modèles de locomotives nouveaux reproduisant, avec une exactitude très approchée, presque celle d’une maquette, quatre types réels des chemins de fer britanniques de l’époque dont Hornby a bien su traduire les détails et les formes marquants dans ses modèles.

Bien sûr, il choisit quatre types ayant la même disposition d’essieux type 220, ce qui lui permet d’utiliser un ensemble mécanique commun. Ce mécanisme d’horlogerie, ou « clockwork » en langue locale, est surprenant par sa robustesse, et ses performances. Mais, par la suite, en 1934, il faudra bien sortir des versions électriques pour les amateurs exploitant des réseaux et redoutant les fastidieuses et fréquentes séances de remontage à la clef.

Les quatre locomotives sont: la « Midland Compound » N° 1185 rouge du réseau « London, Midland & Scottish » (LMS), la « Yorkshire » verte du « London & North Eastern Railway » (LNER),  la  type « L1 » verte N° 759 du « Southern Railway » (SR), et la « County of Bedford » verte du « Great Western Railway » (GWR).

Du « home made » et fait à la main.

La fabrication de ces modèles est faite à la main, et sur commande. Les chaudières, les cabines, les couvre-roues, tout est différent d’une locomotive à une autre, y compris les tenders. Les locomotives ont des cabines aménagées. Les peintures sont très soignées, et offrent des teintes et des brillants que seuls les Anglais savent faire. Il est à noter que les peintures seront plus mates à partir de 1937.

Ces locomotives sont munies de supports de lampes au nombre de quatre à l’avant pour permettre la composition de l’ensemble des codes des réseaux réels, de marchepieds très élaborés et finement découpés. Le bogie avant n’est pas identique pour les quatre modèles, car la « Yorkshire » a un bogie plus court – ce qui vaut quelques erreurs de montage à la production, soit-dit en passant…  

Les tenders méritent aussi un examen attentif, car ils sont tous différents les uns des autres malgré des caisses proches et un châssis à trois essieux. Le tender du « London, Midland & Scottish » est à faces plates, tout comme celui du « Southern Railway » qui en diffère cependant par l’absence de prises d’air et de la vanne de remplissage d’eau. Le tender du « Great Western Railway » a des faces à rebords en saillie, une vanne de remplissage plus grande, et des prises d’air différentes, des supports pour les ustensiles de conduite du feu. Tous les tenders ont des colonnes pour volant de frein à main, mais celui du « London & North Eastern Railway » a des manivelles de freins plus petits, tandis que les rehausses latérales de la soute à charbon ont des nervures et des formes différentes. Contrairement aux tenders des modèles précédents, ces tenders n’ont pas de passerelle et laissent un vide entre le platelage de la cabine et celui du tender. Le crochet d’attelage comporte un ressort amortisseur, ce qui adoucit les départs des locomotives mécaniques.

Les prix de vente sont très élevés, car ces quatre locomotives demandent, à la fabrication, un grand nombre d’opérations manuelles et sont assemblées avec un rare professionnalisme.

Publicité « Hornby » parue en 1929 dans son «Book of trains ». La 220 du LNER, version mécanique à voir les deux rails, dépasse la « Metropolitan » électrique – à moins que ce soit l’inverse, vu les performances des trains électriques. On notera cette habitude de forcer sur les dimensions des trains que prendra « Hornby », jusqu’à les multiplier par 10 !
Présentée, elle aussi, en dimensions forcées, la « Princess » domine le marché du jouet britannique en 1939. On notera que les voitures existant déjà au catalogue, très raccourcies, sont complètement « has been » par rapport à la locomotive. La mort de Frank Hornby en 1936 et la Seconde Guerre mondiale feront que des voitures à l’échelle de la locomotive ne seront jamais produites.

Les quatre mousquetaires sont cinq.

En 1937, à ces quatre locomotives qui semblent faire une série immuable, « Hornby » ajoute une cinquième locomotive qui est très différente, et encore plus perfectionnée : il s’agit de la « Eton », une 220 de la « Schools class » du « Southern Railway », offerte en version mécanique ou électrique.

Elle marque une nouvelle étape en direction du modélisme car elle est encore plus exacte que les précédentes « N°2 Special ». Elle se distingue des précédentes par la présence d’écrans pare-fumée, et sa cabine a une forme très typique du « Southern Railway » complètement différente de celle de la L1 précédente qui est pourtant du même réseau. Il y a donc deux locomotives du « Southern Railway » dans la série des « N°2 Special », et il arrive que les tenders, qui ont des numéros différents, soient permutés par erreur dans des ventes. Si la « L1» a un tender portant le numéro A-759 et plus tard 1759, les « Eton » ont un tender comportant le numéro 900. Non vendue dans des coffrets avec un train comme les précédentes, la « Eton » est seulement vendue au détail et à un prix de l’ordre du double des autres « N°2 Special ».

De nombreux détails supplémentaires viennent donc justifier ce prix. Des tuyauteries, en laiton poli, sont ajoutés sur le foyer, tandis que des chapelles de prise de vapeur sont placées de part et d’autre du corps cylindrique, à l’avant. Les plaques « Eton » sont très fines, avec des lettres en relief sur fond rouge, à la manière des modèles réduits. Les filets blancs sont faits très finement à la main, et la traverse avant reçoit un marquage « N° 900 » blanc. Des disques blancs, pour la codification des trains selon le système du « Southern Railway », remplacent les lampes fournies dans la boîte. Le vert du « Southern Railway » est parfaitement restitué, et quelques « Eton » sont peintes en noir pour l’exportation. Cette belle locomotive annonce la « Princess Elizabeth » qui apparaitra pour Noël 1937. La firme Hornby est à son apogée, mais Frank Hornby est décédé en 1936, et il ne vivra pas la commercialisation ni de la « Eton », ni de la « Princess ».

Une « Eton » de chez « Hornby », ici en version électrique.
Photographie (en haut) de la « Eton» réelle, et peinture (ci-dessus) de F.Moore d’une des machines de la série des « School » du « Southern Railway ». Le jouet Hornby est assez exact, mais souffre d’une longueur un peu tassée car le châssis standard oblige.

Le succès malgré un prix élevé.

En dépit du prix, le succès est immédiat, surtout chez les modélistes ferroviaires adultes car, comme on s’en doute, les prix passent loin au-dessus des possibilités des familles offrant un train à un jeune enfant pour Noël !…

La gamme des locomotives  « N°2 Special » reste donc immuable pour quelque temps, même si quelques modèles sont peints en noir pour l’exportation, comme c’est le cas de la « Midland Compound » proposée en 220 à mouvement intérieur (donc simplement démunie de ses cylindres extérieurs). Il est possible, par exemple, d’obtenir, beaucoup de choses sur commande spéciale, comme une locomotive électrique avec porte de boîte à fumée non défigurée par une grosse ampoule, c’est-à-dire dotée de la porte d’une locomotive mécanique, ou encore une peinture noire au lieu du vert, ou du rouge habituels. .

La « Midland Compound » de « Hornby », modèle mécanique.
La « Midland Compound » réelle. « Hornby » a presque « tout bon »...
La « County of Bedford» du « Great Western » vue par « Hornby ». Plutôt difficile à trouver sur le marché de la collection, ce jouet, ici en version mécanique, est d’un aspect satisfaisant.
Une « County » réelle, photographie d’époque. Document « The Locomotive Magazine». « Hornby » s’en est bien sorti.
La 220 LNER « Bramham Moor » (ex « Yorkshire » jusqu’en 1935). Ici c’est la version mécanique. Modèle satisfaisant.
La « L1» du « Southern Railway » faite par « Hornby », ici en version mécanique. Le modèle réel (voir ci-dessous) est plus gracieux, avec ses roues plus grandes et plus fines notamment.
La jolie « L1 » du « Southern Railway ».

L’ensemble de ces locomotives « N°2 Special » disparaît du catalogue pendant la Seconde Guerre mondiale et ne sera pas, malheureusement, proposé après la guerre officiellement sur le catalogue. Toutefois il n’est pas exclu que des stocks (ou des fabrications sur commande) permettent quelques ventes durant les dernières années 1940.

Il y a une vingtaine d’années encore, et avant l’invasion d’internet, ces belles locomotives se négociaient à des prix se situant entre 1.000 et 2.000 Euros pour les versions mécaniques, et 1.500 à 2.500 Euros pour les versions électriques. La « Eton », peu produite, vaut encore plus cher. Mais les prix des belles pièces « Hornby », avec l’abondance créée par Internet, ont reculé.

Notons que cette série « N°2 Special» et la « Princess » ne seront pas vendues en France, mais ces locomotives apparaissent furtivement sur des publicités ou dans des revues comme « Meccano Magazine » et sont donc connues. Il n’est pas impossible qu’elles aient pu être commandées dans le magasin de grande renommée que « Hornby » possédait, dans la cour intérieure du 5, boulevard des Capucines, à Paris.

Dans le très lu « Meccano Magazine » , la « Maison des Trains » fait sa publicité et montre, volontairement ou pas, une « Bramham Moor » et deux voitures Pullman qui, elles, sont bien vendues sur le marché français dès les débuts de la firme en France.

Les locomotives N°2 Special.

DatesSérieTypeMarquagesEcart.
1929-1940N°2 Special220 méc.L.M.S. – 1185O
1934-1940N°2 Special220 élec.L.M.S. – 1185O
1929-1934N°2 Special220 méc.L.N.E.R. – Yorkshire – 234O
1934-1935N°2 Special220 élec.L.N.E.R. – Yorkshire – 234O
1935-1940N°2 Special220 élec.L.N.E.R. – Bramham Moor –  201O
1929-1940N°2 Special220 mécG.W.R. – County of Bedford – 3821O
1934-1940N°2 Special220 élec.G.W.R. – County of Bedford – 3821O
1929-1940N°2 Special220 méc.S.R. A-759 puis 1759O
1934-1940N°2 Special220 élec.S.R. A-759 puis 1759O
1937-1940N°2 Special220 mécS.R. – Eton – 900O
1937-1940N°2 Special220 élecS.R. – Eton – 900O
Le tableau des modèles type 220 « N°2 Special ».

La « Princess Elizabeth » : princesse ou reine des locomotives-jouet anglaises ?

Magnifique, désirée depuis des années par les amateurs adultes de l’époque, inaccessible aux enfants par son prix de plus de cinq livres sterling, pieusement présentée dans un coffret en bois, cette locomotive est la plus importante pièce jamais fabriquée par la grande marque de trains-jouets anglaise « Hornby ». Elle apparaît en 1938 comme le départ d’une politique de modèles prestigieux faits à la main, et annonçant un âge d’or que la guerre, hélas, arrêtera définitivement. Il ne reste plus, aujourd’hui, qu’à contempler cette locomotive seule qui n’a jamais connu son train ni la nouvelle gamme de trains l’entourant.

Dès le numéro d’avril 1937, « Hornby » lève le voile sur une grande nouveauté : la plus belle locomotive jamais faite par la grande firme est annoncée, et ce sera un modèle de la « Princess Elizabeth », locomotive dont il est fortement question à l’époque dans la grande presse. La vraie « Princess Elizabeth » est une « Pacific» du réseau du « London, Midland & Scottish Railway ». Cette disposition d’essieux type 231 est relativement tardive en Grande-Bretagne, plutôt et pendant longtemps un pays de petites locomotives type 220 ou 230 performantes et mises en tête de trains rapides.

Le « Hornby book of trains » de 1938, qui sert aussi de catalogue pour la grande firme, révèle la « Princess Elizabeth » et toutes ses qualités. Seules, les trop courtes voitures, qui ont déjà dix ans d’âge, faites pour la « Midland Compound », marquent un retard par rapport à la locomotive « Pacific » du LMS.

Lorsque William A. Stanier, ingénieur en chef de la prestigieuse compagnie du « London Midland & Scottish », conçoit cette locomotive et lorsqu’elle est mise en tête des trains Londres-Édimbourg en 1933, c’est un événement. La série des « Princess » est capable, en tête de trains comme le « Royal Scot » Londres-Glasgow, d’effectuer le parcours de 600 km à une vitesse moyenne de 112 km/h et avec des pointes à plus de 150 km/h. L’exploit frappe les esprits, et « Hornby » se doit de sortir le jouet correspondant à une telle locomotive, d’autant plus que son concurrent « Bassett-Lowke » l’a déjà inscrite à son catalogue et qui produit un modèle moins chatoyant que celui que « Hornby » saura faire.

La « Princess Elizabeth » Hornby: jouet ou modèle réduit ?

Avec sa superbe couleur rouge sombre dite « crimson lake » (mot à mot : laque cramoisie), cette locomotive pourrait passer pour un jouet. Mais la vraie aussi, et le modèle « Hornby » est bien un modèle destiné, comme son prix catalogue de £ 5,5 le laisse supposer, à une riche clientèle d’amateurs adultes.

Le modèle reproduit assez fidèlement la « Princess Elizabeth » du « LMS », et même si quelques simplifications sont évidentes, on est loin au-dessus de l’interprétation type jouet. Ce modèle est bien dans la tradition des années 30 où, très nettement, se dessine une évolution des jouets très haut de gamme en direction du modèle réduit.

En effet, le nombre des roues et les diamètres sont à peu près exacts, l’embiellage est complet, les marquages sont précis et fidèles. Le mécanisme est électrique avec prise du courant 20 v. par rail conducteur central et inversion de sens de marche à distance. Il n’y aura pas d’autres options pour le mécanisme de la locomotive, ni moteur à mouvement d’horlogerie, ni moteur électrique à inversion manuelle. La « Princess Elizabeth » de « Hornby » n’est donc pas produite en version mécanique, contrairement au cas de « Bassett-Lowke » qui fait encore grand cas du « clockwork » britannique et de la tradition nationale… La locomotive de « Hornby » en outre, n’est pas intégrée dans les coffrets complets de la marque et se vendra toujours seule, sans ses voitures.

Il n’y a pas d’éclairage avant pour ne pas défigurer la porte de boîte à fumée de la locomotive qui est une pièce très fine. La cabine est aménagée et même peinte intérieurement en beige sur les premiers modèles. Il est à noter que certains modèles, destinés à l’exportation ou exécutés sur commande spéciale pour des modélistes, ont une peinture noire. Par contre, la chaudière souffre d’un défaut majeur, qui est le ratage de la forme du foyer donnant un aspect « bossu » à la machine : il faut dire que le foyer, pour loger le mécanisme moteur, a été trop allongé par « Hornby » et que son avant va chercher trop haut son raccordement avec le corps cylindrique. Le bissel arrière, aussi, a un aspect dépouillé et « maigrichon » qui dépare quelque peu la locomotive et laisse un grand vide sous la cabine. Mais, rappelons-le, ce n’est qu’un jouet… du moins pour adultes. L’avant de la locomotive est très réussi, avec de très belles poignées d’ouverture d’une porte de boîte à fumée bien dessinée, et de nombreux détails rapportés contribuent à la beauté du modèle. La cabine de conduite est bien proportionnée, bien rendue, et la devanture de chaudière est reproduite avec une pièce en métal moulé dont les reliefs représentant les instruments sont retouchés à la peinture dorée. L’embiellage est complet avec sa contre-manivelle et sa commande de distribution, ce qui représente une première chez « Hornby »- et, malheureusement une dernière aussi puisque cet embiellage complet restera unique dans l’histoire de la marque.

Les roues, les boîtes d’essieu du tender, comme les crosses des tiges de piston sont dans un zamak assez fragile et qui tient mal dans le temps, ce qui fait que la plupart des « Princess » existant actuellement sur le marché de la collection ont des pièces refaites par ces très habiles artisans et amateurs anglais qui ont un talent étonnant.

Le tender, un modèle exclusif pour la « Princess Elizabeth », est très fidèlement reproduit avec ses rehausses latérales galbées et marque, chez « Hornby », le départ d’une gamme de modèles différents des précédents qui recevaient des tenders de type standard de la marque, simplement agrémentés de petits détails différent selon les compagnies censées être représentées.

Malheureusement la guerre éclate en 1939, et en 1941 la firme « Hornby » met fin à la production de cette locomotive sans avoir eu le temps de construire les voitures assorties et à l’échelle exacte : la locomotive ne connaîtra jamais que les voitures standard de la marque, type jouet en tôle lithographiée.

La locomotive qui a toujours attendu son train.

En effet, lorsque l’on attelle cette magnifique locomotive, longue de 52 cm, aux voitures à bogies rouges du « London, Midland & Scottish» Railway de « Hornby », il y a comme quelque chose qui jure : trop trapues et trop courtes avec leurs 28 cm, ces voitures sont résolument des jouets, alors qu’elles devraient être plus longues que la locomotive ! « Hornby », donc, n’aura pas à s’offusquer si les modélistes ferroviaires adultes qui s’offrent la « Princess Elizabeth », soient obligés d’aller chercher, à l’époque, de magnifiques voitures à l’échelle chez un fabricant comme Exley. Celui-ci les produit depuis 1922, en attendant que la marque actuelle ACE n’en produise d’autres pour les nombreux collectionneurs actuels qui n’ont rien à mettre derrière cette belle locomotive dans leur vitrine ou sur leur réseau.

Cet état d’inachèvement de cette série, seulement commencée avec une locomotive solitaire, est sans nul doute regrettable pour les amateurs de trains Hornby qui se plaisent à essayer d’imaginer ce qu’aurait été cette nouvelle génération de trains… si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas existé. En particulier, on peut très logiquement penser que « Hornby »aurait utilisé sa platine à trois essieux moteurs pour faire d’autres « Pacific » de l’époque, comme une A4 du « London & North Eastern Railway », et sans doute la fameuse « Mallard » qui bat, à l’époque, le record mondial de vitesse avec 202 km/h..

Le luxe suprême : le coffret en bois.

La locomotive « Princess Elizabeth » de « Hornby » est vendue comme une œuvre d’art fragile et chère, c’est-à-dire dans un coffret spécialement fait, comme un étui de violon, pour éviter tout mouvement et tout dommage pour son précieux contenu. Entièrement en bois, ce coffret est gainé intérieurement et comporte un logement exactement à la forme de la locomotive et de son tender pour éviter que sa laque ne soit abîmée. À l’intérieur du couvercle une notice rappelle les exploits de la vraie locomotive. La plupart des « Princess » se trouvent sur le marché de la collection dans leur coffret, mais, il manque toujours la « sur-boîte » classique Hornby en carton rouge protégeant le coffret, et qui est très recherchée par les collectionneurs actuels.

Une « Princess Elizabeth » et son coffret. Les coffrets en bon état sont encore plus rares que les locomotives.

Aujourd’hui une « Princess Elizabeth » en bon état peut atteindre, très facilement, 1500 Euros si elle est complète et en état de fraîcheur parfaite. Dans les années 1990, elle valait environ 25.000 francs. Une peinture ternie, le moindre éclat, le moindre point de rouille, ou retouche de peinture, le manque d’une pièce, se traduit immédiatement par une importante décote, car les acheteurs de cette locomotive la veulent impeccable, ou la refusent. On a vu, il y a une dizaine d’années, et lors de l’une des ventes Petiet à Drouot, une « Princess Elizabeth » atteindre 6800 Euros.

Caractéristiques techniques.

Longueur totale : 52 cm.

Écartement : « 0 » (32,5 mm).

Fonctionnement : Électrique.

Système : Trois rails avec conducteur central.

Courant : 20 v alternatif.

Année d’apparition au catalogue : 1937.

Année de suppression du catalogue : 1941.

Une des très belles photographies du livre d’Allen Lévy « A century of model trains », paru chez « New Cavendish Books » en 1974. Ce livre a fait de votre serviteur un collectionneur de « Hornby » et un ami d’Allen Levy qui a fondé ensuite sa firme « ACE Trains ». Pour réunir dans sa collection tout ce qu’il y a sur cette photographie, il a fallu à l’auteur de « Trainconsultant » une trentaine d’années et des sacrifices financiers, notamment pour la « Princess ».
Allen Levy (à droite) lors d’une exposition et congrès de jouets anciens au « Grand Hôtel » de Paris en 1982. Clive Lamming (à gauche) sert de traducteur pour une conférence donnée par le grand collectionneur anglais alors auteur du livre « A Century of model trains ».

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