En septembre 1963, soit cinq années avant que Jacques Brel n’écrive la chanson « T’as voulu voir Vierzon, t’as voulu voir Vesoul », votre serviteur, auteur de ce site « Trainconsultant », est nommé maître auxiliaire de philosophie au lycée Gérôme, à Vesoul, préfecture de la Haute-Saône (département familièrement surnommé la « Haute Patate » par les indigènes des départements comtois voisins). Faisant fi de ce peu gracieux surnom, le jeune professeur enseigne à Vesoul jusqu’en 1966. À peine plus âgé que ses nombreux élèves, il y connaît quatre années de bonheur et de réussite. L’ensemble de ses élèves décroche facilement le baccalauréat, et le « professeur » décroche ses certificats de licence en philosophie. Le niveau du lycée est remarquable. Celui du professeur reste à analyser.
Étant encore étudiant à Besançon, le jeune professeur n’est en fait qu’un « maître auxiliaire », payé modestement, mais heureux de pouvoir financer ses études. Pour aller de Besançon à Vesoul, il n’y a plus de train depuis 1959… bien que la ligne « PLM » de Besançon à Vesoul laisse encore voir ses rails rouillés çà et là, et ses gares en ruines. Les 46 km séparant les deux villes sont assurés en autobus, avec plus de deux heures de trajet sinueux desservant tous les hameaux.
Une belle route nationale, N°57, toute neuve, permet un trajet en 40 minutes, mais à condition d’avoir une voiture. Le maître-auxiliaire achète d’occasion, pour une somme dérisoire, l’énorme Simca « Versailles » dont il rêvait et dans cette vaste voiture, très décôtée à l’ «Argus » pour sa gourmandise, qui consomme 15 litres aux cents, il fait quotidiennement le trajet en partant à 7h15 le matin pour être à 8 heures au lycée. Il n’est pas seul, car des étudiants, maîtres auxiliaires comme lui au lycée Gérôme, se font les clients de ce qui deviendra un vrai service et partagent les frais d’essence. Une vraie entreprise de transports….
En 1965, licencié en philosophie, et resté Parisien dans l’âme, le maître auxiliaire Lamming s’inscrit en Sorbonne pour préparer une difficile agrégation de philosophie, la rate, mais décroche son CAPES. L’agrégation, dans une autre matière, ce sera pour plus tard.
C’est ainsi que le niveau de la desserte ferroviaire sur la fameuse « ligne 4 » Paris-Bâle fait de l’auteur de ce site un fidèle abonné de la SNCF. Il utilise, deux fois par semaine, de magnifiques trains lui permettant de naviguer entre Vesoul, où il enseigne toujours, et Paris où il vit et étudie. Pour un modique abonnement, il dispose de trains rapides et directs, composés de belles voitures « DEV » Inox, remorqués par de brillantes 241-P représentant le sommet en matière de traction vapeur. Il y a un changement de mode de traction à Chaumont pour des diesel A1A-A1A 68000 jusqu’à Paris. L’histoire ferroviaire de Vesoul et de la Haute-Saône, cela se mérite…

La Haute-Saône, département privilégié par le chemin de fer ?
Ce département est un des meilleurs de France pour la densité des gares durant les années 1930 : occupant 5 360 km², il compte 172 gares, soit 3,2 gares pour 100 km² (plus que la moyenne nationale), par l’existence d’un excellent réseau de secondaires que les autres terres comtoises, le Doubs et le Jura, n’ont jamais eu… La compagnie de l’« Est » domine presque totalement la Haute-Saône, mais celle du « PLM » a réussi, par le sud et depuis le Doubs, à ouvrir trois lignes, sans compter deux autres lignes à partir du territoire de Belfort.
La chance pour le département est d’être intégralement traversé, d’ouest en est, par la grande ligne de Paris à Mulhouse (491 km) entièrement ouverte en 1858, et de comporter des lignes de qualité, dans la tradition « Est ». Par exemple, ces lignes de l’ « Est » relient Vesoul à Gray (52 km) par un embranchement à Vaivre, ouverte en 1863, ou Culmont-Chalindrey à Gray (44 km) ouverte en 1854. On pourrait encore citer Auxonne à Gray (107 km) ouverte en 1854. N’oublions pas d’intéressantes lignes de jonction reliant Vitrey-Vernois à Bourbonne-les-Bains (18 km) ouverte en 1880, ou Aillevillers à Port-d’Atelier (30 km) ouverte la même année, ou Blainville-Damelevières à Lure (125 km) par Épinal dès 1878, ou encore Jussey à Darnieulles-Uxegney (72 km) en 1886. Pour les rares lignes « PLM » de la Haute-Saône, on trouve celle de Gray à Fraisans (43 km) ouverte en 1859 avec un embranchement pour Besançon depuis Montagney, de Besançon à Vesoul (63 km) ouverte en 1872, avec son embranchement de Montbozon à Lure (39 km), ouvert en 1896.
Un réseau départemental exceptionnel et d’une densité rarement atteinte en France.
L’ensemble du réseau d’intérêt local de la Haute-Saône est, sauf erreur, en voie métrique et totalise 527 km. Exception faite pour deux lignes, celles de Gray à Bucey-les-Gy (22 km) ouverte en 1878 et celle de Mornay à Champlitte (8 km) ouverte en 1903, c’est bien la « Compagnie Générale des Chemins de fer Vicinaux » (CFV) qui construit l’intégralité de son réseau de Haute-Saône entre 1894 et 1912. La cerise sur le gâteau est une somptueuse gare terminus en plein cœur de Vesoul et ses quatre voies en impasse et leurs quais, et son immense dépôt. Les CFV n’ont pas froid aux yeux, comme on dit, et relient Vesoul à Gray, par deux itinéraires différents et en défiant la compagnie de l’ « Est », passant par Gy et Granvelle (35 km) elle-même placée sur la ligne de Vesoul à Besançon (61 km), une ligne concurrente de celle du « PLM » !
Vesoul est aussi reliée à Molay (46 km) à l’ouest du département, et aussi Vauvillers par Courcelles (71 km) au nord. Vesoul a une « étoile » de quatre lignes en voie métrique rarement vue en France ! La ligne de Gy à Marnay (17 km) s’embranche sur la ligne de Gray à Vesoul et dessert le sud du département, ainsi que la ligne de Gray à Dôle (55 km) par Pesmes qui double, elle aussi, une ligne « PLM ». La concurrence est donc rude, et de petites lignes départementales narguent les grandes compagnies nationales.
La ligne de Gray à Jussey (61 km) dessert l’ouest du département. À l’est du département, on trouve les lignes de Lure à Héricourt (43 km), de Lure à Saint-Antoine (24 km) et de Lure au Thillot (32 km). Luxeuil-les-Bains est reliée à Vesoul (36 km) et à Coravilliers (25 km) dans le nord-est du département. Ce deuxième réseau est en service en 1911. En 1913 et 1914, on songe encore à agrandir le réseau avec un « troisième réseau » et même un « quatrième réseau », mais la guerre et surtout l’expansion de l’automobile en décideront autrement. Tous les projets sont abandonnés.
Le paradis du métrique a entièrement disparu en 1938-1939. Aujourd’hui, il ne reste que de la voie en écartement normal, en Haute-Saône, et très peu. On ne trouve que la grande ligne de Paris à Mulhouse, et un embranchement en voie unique de Lure à Aillevillers, avec poursuite en voie double jusqu’à Epinal. Gray conserve une ligne en voie unique la reliant à Auxonne. L’ancienne ligne de Gray à Vesoul est fermée au-delà d’Autet. C’est tout.
En souvenir du grand réseau départemental de la Haute-Saône.
Un des fidèles lecteurs de ce site, Boris Chomenko, nous écrit : « je voulais vous signaler l’existence d’un ouvrage très complet concernant les CFV écrit par Jean Finsterwald, un franco-suisse passionné par le sujet, et qui a produit un travail phénoménal, mais qui n’existe que sous forme de DVD. Il ne faut pas s’attacher au style et à l’orthographe, mais la documentation réunie et produite (M. Finsterwald était dessinateur industriel) est remarquable. Malheureusement il semble que cet ouvrage ne soit plus facilement disponible bien qu’il soit mentionné par plusieurs sites : »
https://www.moissey.com/Finsterwald2016.htm
ou


















Peut-être que cette voiture apparaît dans un film de Tati ?