Le « Meccano » : des « réseaux sociaux » avec plein de trous dedans.

L’auteur de ce site, dans les années 1940 et 1950, portait, comme Tintin, des culottes de golf, mais était horriblement coiffé en brosse (ce qui était « sain » et économique) et ne répondait que quand on lui parlait, mangeait poliment à table et faisait attention à ne pas recevoir de taloches. Surtout, il jouait avec son « Meccano », rêvant de devenir ingénieur, mais pas d’affronter la vie en 3×8 en usine, voyons… Les enfants étaient ainsi, jadis. Les filles jouaient à la poupée. On était amoureux d’elles, mais on ne le montrait pas et on ne le disait pas. On n’allait pas à l’école avec un couteau dans son cartable.

Il est impensable d’être aujourd’hui un collectionneur de jouets anciens sans, toujours, accumuler des pièces et des boîtes « Meccano » et sans lire « Meccano Magazine »… On est quand même dispensé de la culotte de golf.

C’est ce que la rédaction de « Meccano Magazine » (ou « MM » pour les intimes) a toujours affirmé, à l’époque de sa publication entre les deux guerres et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : en effet, déjà entre les deux guerres et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est déjà question de collectionner les « Dinky Toys », de s’intéresser à des pièces « Meccano » rares. L’esprit collectionneur est donc déjà présent, même si le but principal de ce magazine est la pratique, accompagnée de conseils, du réseau Hornby accompli et du modèle Meccano perfectionné. Aujourd’hui, le regard sur « MM » est devenu exclusivement celui du collectionneur, et ce qui était l’actualité de jadis est maintenant de l’histoire et une documentation extrêmement précieuse et vivante.

A notre humble avis : le modèle le plus emblématique jamais proposé par Meccano, la grande grue portuaire pour blocs de pierre. La somptueuse couverture du « MM » de Noël 1936 reste immuable.
Ci-dessus : la boîte de vitesses de la grande grue, décrite dans « Meccano Magazine ». No comment…

Le « Meccano » et « MM » : les dates ?

La société qui produira le « Meccano » existe dès 1898, créée par un Anglais, Franck Hornby. Fasciné par les grues du port de Liverpool, il veut offrir à ses enfants la possibilité d’en construire sous la forme de jouets. Le brevet du « Meccano » est déposé par Franck Hornby en 1901. Longtemps après, en 1920, il créera les trains « Hornby » dont le succès sera mondial, notamment en France (voir les nombreux articles consacrés à « Hornby » sur ce site (tapez simplement « lamming hornby » directement sur Google).

Mais on ne peut parler du « Meccano » sans parler de la revue qui l’accompagnera, et qui deviendra tout aussi célèbre. Quand est-ce que « Meccano Magazine » débute ? La chose est difficile à dire dans la mesure où les premières publications ne sont que des feuilles assez sommaires tenant plus de la notice de conseils ou du bulletin de liaison commercial et ne semblant pas paraître d’une manière régulière ou selon les critères d’un véritable périodique distribué par un réseau commercial. Ce que l’on peut considérer comme un véritable magazine paraît en 1916, d’abord au Royaume-Uni, puis en France, avec ce que l’on appelle les « volumes » : chaque année est considérée comme un volume numéroté en chiffres romains, et comprenant 12 numéros mensuels, numérotés en chiffres arabes. Ces numéros sont en vente par abonnement ou chez les détaillants Meccano – Hornby.

La première couverture couleurs est celle de décembre 1926, mais à titre exceptionnel, puisque le numéro de janvier 1927 renoue avec la tradition de la couverture noir et blanc. En décembre 1927 : léger et timide progrès avec la couverture en bichromie rouge et bleu, et un « Meccano Magazine » en grandes lettres rouges. Une deuxième couverture couleurs exceptionnelle apparaît pour décembre 1928. À partir d’octobre 1929, la tradition de la couverture couleurs est définitive et les numéros se succèdent en apportant un émerveillement mensuel : ces couvertures couleurs marquent les esprits. Le dernier numéro d’entre les deux guerres est celui d’octobre-novembre 1937. La revue est victime des crises économiques, passée au rythme bimestriel après le numéro de juin 1937. Les temps deviennent durs, et, en France, ce sera le silence radio complet.

En octobre 1953, « MM » renaît, après un silence de 16 années !

C’est alors le règne du petit format en hauteur, celui de 14 × 20, 5 cm, mais la couverture reste malgré tout en couleurs, perpétuant, sous une forme miniaturisée, la grande tradition. Mais on sent qu’il manque quelque chose … En octobre 1957, le numéro 49 marque la fin du petit format, et une surprise est annoncée pour le mois suivant. En novembre 1957, c’est le numéro 1 de la « nouvelle série », et qui marque le retour au grand format de 1937. En septembre 1959, avec le numéro 24 de cette nouvelle série, c’est le dernier « Meccano Magazine ». La grande tradition est désormais un souvenir.

L’ouverture sur le monde des sciences et des techniques.

La première raison de relire « MM » aujourd’hui peut tout-à-fait être indépendante de la collection de jouets anciens, mais elle est passionnante. La lecture de « Meccano Magazine » nous fait plonger au cœur des recherches scientifiques et techniques des années 20 et 30, au cœur des explorations, nous ouvrant un monde alors encore à la Jules Verne. Les recherches techniques sont particulièrement surprenantes, comme ces téléphériques tendus entre les villes avec des cabines roulant à 200 km/h (les avions ne sont pas encore rapides, ni sûrs), ou ces gratte-ciels des grandes villes américaines dont les terrasses sont des aéroports avec des pilotes qui doivent, on suppose parfaitement maîtriser les distances de freinage… ou ces îles flottantes avec aéroport et hôtels pour que les avions transatlantiques fassent escale. Il est vrai que, quand Air-France est créée au début des années 1930, l’autonomie était loin de permettre une traversée d’un seul coup d’aile. Les escales pour ravitaillement étaient nombreuses entre Paris New-York : en Irlande deux fois, en Islande où l’on ajoutait des réservoirs supplémentaires pour tenir jusqu’à Halifax, puis encore des escales le long de la côte est du continent nord-américain ! Il fallait une trentaine d’heures de vol pour la traversée quand tout aillait bien et coucher en cours de route dans une escale était chose courante.

Les techniques du chemin de fer, de l’automobile, de la navigation sont décrites et les progrès touchent des points qui nous semblent aujourd’hui archaïques et désuets, comme l’utilisation de la radio pour connaître sa position, les locomotives électriques ou diesel, la traction avant dans l’automobile. Mais c’est aussi l’époque des grandes expéditions sur un globe terrestre dont beaucoup de cartes ont encore des zones blanches, notamment en Afrique, en Amérique du Sud, et la « Croisière Jaune » d’André Citroën, parcourant des routes inconnues dans l’Himalaya ou en Chine, démontant intégralement des autochenilles pour en transporter les pièces à dos d’homme par-dessus des montagnes inexplorées, semble plus audacieuse et plus difficile que le premier voyage vers la Lune.

Même les derniers « MM » comme le spécial « An 2000 » de 1958 nous font sourire, avec les maisons entièrement automatisées, leurs lits où l’on dort en apesanteur, leur piste pour l’automobile volante au bord de laquelle le cadre de l’an 2000 part à son travail. Notons que, pour les années 2000, le roller et la trottinette ont été les deux progrès les plus marquants en matière de transport pour la vie quotidienne, ces objets étant d’ailleurs parfaitement présents sur les catalogues JEP des années 1920-1930 !

Bon… on sait que, dans les années 1920 et 1930, les prises de courant sont rares dans les maisons. Mais… hum…. les conseils et astuces de « MM » sont, disons, politiquement et électriquement incorrects et les risques de se faire chatouiller les doigts montrent que, à l’époque, on savait encore vivre dangereusement. Même dans le Paris actuel, circuler en vélo reste tout aussi sûr.

Confirmé par le courrier des lecteurs.

On apprend beaucoup de choses en lisant le courrier des lecteurs de « Meccano Magazine », et, surtout, les réponses faites par le rédacteur qui, on s’en doute, est au courant des secrets de la firme. Par exemple, page 142 du numéro de mai 1937, on apprend que la filiale française pouvait fournir, sur demande, ce qui était produit au Royaume-Uni et pour le marché britannique, comme, ici en l’occurrence, un moteur Meccano en 220 volts. C’est ainsi que beaucoup de choses, dont les collectionneurs actuels pensent qu’ils n’ont pas existé en France, ont bien été importés officiellement, et à l’époque.

Naissance et vie des « Dinky-Toys ».

Avec « MM » on peut aussi préciser la date de naissance exacte de la série des automobiles « Dinky-Toys » : en effet, cette série ne porte que le nom modeste de « Meccano Miniatures » lors de ses débuts de 1933. Pendant cette période initiale, la série ne comporte pas encore ses célèbres petites automobiles, mais simplement les personnages et animaux pour les trains Hornby, et des trains à traîner miniatures : locomotive et train de marchandises, plus autorail inspiré du type réel Dunlop-Fouga, comme le montrent les premières publicités, y compris jusqu’en Mai 1934. C’est bien en Juillet 1934 seulement (et non en 1933 comme on peut le lire parfois) que se produit le lancement officiel du terme « Dinky-Toys » avec l’apparition de l’automobile 22a « Roaster Sport » (sic, pour la coquille à Roadster : « roaster » pouvant évoquer l’idée d’une rôtissoire, ce qui pouvait être le cas pour un cabriolet, mais en France et non sous le ciel anglais !) et de l’automobile  22b « Coupé sport », toutes deux de ligne très anglaises et flairant à plein nez l’importation d’Outre-Manche. Dès lors, les personnages ex- « Meccano Miniatures » ne font pas partie de la série « Dinky-Toys » qui prendra sa personnalité propre et constituera un nouveau jouet.

Ajoutons que « MM » publie la liste complète des « Dinky-Toys » pour chaque année en cours, ceci pour que les clients mettent à jour leur collection. Mais, aussi, le magazine avertit ses lecteurs des prochaines suppressions de références du catalogue, ou de l’épuisement en vue de tel ou tel modèle, ou même explique, dans le courrier des lecteurs les raisons du choix de tel ou tel modèle. Intéressant pour les collectionneurs actuels, non ?

Le « Meccano » : plus qu’un jouet : une technique.

Le plus illustre des jouets a été conçu, nous le savons, en 1898 par Franck Hornby pour ses propres enfants. Mais d’un simple bricolage son auteur en fera le jouet de construction plus célèbre au monde, ceci au point que son nom est devenu une appellation courante pour désigner tout montage complexe et adaptable, jusque dans l’économie, le management ou la politique !…

Le brevet est déposé en 1901 et la première production officielle est lancée sous le nom « Mechanics made easy » (la mécanique rendue facile). En 1907, la fabrication du jouet devenu « Meccano » est poursuivie dans les nouvelles usines de Liverpool, tandis qu’en en 1920 des trains mécaniques « Hornby » démontables en écartement « 0 » (32 mm) apparaissent, inspirés nettement par le jouet qui les a précédés avec un assemblage par vis et écrous carrés. Après l’installation d’un point de diffusion « Meccano » à Berlin en 1912 et à Paris en 1913 (Rue Bleue), la firme s’installe définitivement sur le continent au début des années 1920 au 78-80, rue Rébéval, dans le 19 arrondissement de Paris, et la fabrication ou le conditionnement de pièces importées démarre dans les quatre étages de cet immeuble. Une importante usine est ensuite ouverte à Bobigny au début des années 1930.

Le petit château en style anglais, ex-Meccano-Hornby, au 78-80 de la rue Rébéval (Paris 19e, métro Pyrénées) est toujours debout et magnifiquement conservé, devenu un bâtiment universitaire. Un pélerinage s’impose, juste pour contempler la façade. A l’intérieur : « Hornby, Meccano, dites-vous ? Connais pas. » Quant à l’usine de Bobigny, elle aurait été détruite.

Le jeu n’a cessé d’évoluer depuis 1901, connaissant plusieurs périodes techniques identifiables par les couleurs (voir le site du Club des Amis du Meccano) :

  • La période des pièces nickelées (1901-1925)
  • La première période des pièces rouges et vertes (1926-1933)
  • La période des pièces bleues et or (1934-1945)
  • La seconde période des pièces rouges et vertes (1946-1964)
  • La dernière période avec des pièces jaune vif et bleu sombre, certaines en plastique de couleurs vives diverses (1965-2024)

L’âge d’or est incontestablement les années 1920 et 1930 : le catalogue des pièces est très épais, et un grand nombre de pièces spécialisées sont ajoutées aux pièces courantes (cheminées de navire, pales d’hélice, grand plateau circulaire sur billes pour les grues, etc.). La qualité mécanique des engrenages, taillés dans du laiton massif, permet de construire des horloges astronomiques, des boîtes de vitesses d’automobile, des mécanismes à la fois complexes et précis et obéissant fidèlement aux lois des techniques – chose qu’aucun autre jouet de construction n’a jamais permis et ne permettra jamais.

La revue « Meccano magazine » devient la lecture préférée de milliers d’enfants, et elle paraît dans plusieurs langues, traitant principalement de sujets de mécanique, mais aussi de voyages, de géographie, de nature. Une « Guilde Meccano » fédère des milliers d’enfants du monde entier dans une sorte de communion en faveur du progrès technique et scientifique.

Après la guerre, la firme est réactivée, mais des difficultés financières naissent. Franck Hornby, son fondateur et dirigeant, est mort en 1936, et, sans nul doute, fait défaut. C’est, désormais, une toute autre période, mouvementée, soumise aux aléas du management moderne. En 1959 la production française est regroupée à Calais qui, ensuite, prend en charge la totalité de la production « Meccano » et « Hornby » devant la fermeture définitive du site anglais : « Meccano » est abandonné par le pays qui l’a vu naître… En 1964 la société française fusionne avec le groupe britannique Lines Frères pour un temps. Puis, elle ne cessera de passer de mains en mains et de perdre son importance par suite, peut-on penser, de l’absence d’intérêt et d’efforts commerciaux de ses propriétaires successifs qui croyaient qu’il suffisait d’acheter un nom et un produit célèbres pour empocher tranquillement des bénéfices… L’année 1981 semble être la dernière année où le jeu est produit et commercialisé d’une manière suivie.

Toutefois, quelques passionnés essaient de sauver « Meccano » : en 1985, Marc Rebibo rachète la firme et développe des pièces en plastique injecté. Dominique Devauchelle reprend la firme en 1989 et s’emploie à la mettre sur le devant de la scène mondiale du jouet et y parvient. En 1999, la firme est revendue au fonds « Renaissance investissement » qui la réorganise et redéfinit les produits sous le nom de « Normad Company ». En 2010, l’usine de Calais est encore le site de production principal du Meccano, et même, ô espoir, une partie de la production effectuée en Chine est relocalisée à Calais.

Le 13 août 2013, la société « Meccano » est rachetée par le canadien « Spin Master », un groupe spécialiste des jouets radiocommandés. Hélas, le 21 février 2023, le groupe canadien « Spin Master », propriétaire de l’usine « Meccano » de Calais, annonce la fermeture définitive du site pour 2024. Quel avenir attend le plus célèbre jouet du monde qui a été commercialisé, pendant un siècle, sous plus de 300 millions de boîtes ?

Les pièces et les jouets qui auraient existé si…

Le courrier des lecteurs avec sa rubrique « En réponse… » est très précieux pour savoir ce qui se tramait chez « Meccano ». Les amateurs de blindés ou de tracteurs apprendront que l’on étudie des chenilles pour le « Meccano », ceci page 235 du N°  d’octobre 1930, toutefois une vis sans fin s’engrenant sur une roue dentée hélicoïdale est écartée, tout comme une coulisse de changement de marche pour locomotives à vapeur. Rien que pour le courrier du numéro du mois de juin 1931, par exemple, on apprend que « Meccano » étudiait des tiges à extrémité en cône pour faciliter la mise en place des roues, et était sensible à une suggestion de lecteur de faire des tringles creuses pour la construction de modèles électriques. Un autre lecteur, dans le même courrier, demande la mise au point d’une roue de champ à double denture, ou d’une bande à trois trous comprenant un écrou standard fixé à demeure sur la bande. De même les lecteurs de « MM » réclamèrent souvent des tiges à cannelures longitudinales pour la réalisation de boîtes de vitesses, offrant la possibilité de faire coulisser des roues dentées solidaires de la tige en rotation (chose faisant l’objet d’une réponse en février 1931), ou, aussi, de roues dentées à denture intérieure pour la construction de trains épicycloïdaux. Ces pièces ont manqué dans le système Meccano, et, sans doute, les bureaux d’études ont dû les étudier.

Du côté des trains « Hornby », dans la même rubrique « En réponse » du numéro de juin 1931, on apprend que l’existence d’un tunnel à double voie ne serait pas impossible chez « Hornby », chose très logique dans la mesure où la firme a été la championne de la double voie qui permettait de monter, en un temps record, des réseaux importants avec courbes et alignements à deux voies parallèles. On apprend sur la même page que, toutefois, les doubles voies électriques ne seront pas fabriquées, car elles coûteraient très cher : mais nous sommes en 1931, et peu de temps après, pourtant, ces doubles voies avec les appareils de voie seront bel et bien au catalogue ! Or, il est amusant de noter que les appareils de voie, pourtant très complexes et hors de prix comme la « diagonale », existent déjà…

Une locomotive à trois essieux moteurs a été étudiée, d’après le numéro de Mai 1931 : en effet, et chez « LR » en 1926 et chez « JEP » en 1928, on a franchi le pas, ce qui fait quelques années d’avance pour ces deux marques, et autant de retard pour « Hornby » qui ne peut aligner que de bien tristes 220 ou 221 – tout en représentant d’ailleurs de vraies « Pacific » à trois essieux moteurs, type 231 donc, sur les vignettes des boîtes ! L’exploit d’une vraie « Pacific » ne sera accompli, par Hornby, qu’en 1938 avec la « Princess Elizabeth », mais le prix de cette locomotive la réserve à une élite fortunée, et elle n’est vendue qu’au Royaume-Uni en principe. Des modèles exportés dans le Commonwealth, parfois de couleur noire, sont toutefois connus. Il ne semble pas qu’il y ait eu de vente en France à l’époque.

En tardant à faire une vraie « Pacific », notre marque a raté le coche. Mais il est intéressant d’apprendre, par « Meccano Magazine », que, pour le moins, le problème était posé. On devine avec quel enthousiasme, refroidi, le rédacteur en chef de « Meccano Magazine » répond, sur la même page, à un lecteur assez naïf pour réclamer une locomotive… à quatre essieux moteurs ! Voilà un exploit que seul « Märklin », parmi les grands fabricants de trains-jouets, réalisera en « 0 » et avec la production en série d’une 241 État pour le marché français et d’une 141 « Cock o’the North » pour le marché britannique.

Toujours pour les trains, la demande du remplacement du 3 rail, conducteur central, par une caténaire apparaît souvent. Notons qu’en France, la marque « LR » a produit ce système et que « Märklin », en Allemagne, le généralisera sur l’écartement « H0 » sous une forme particulièrement réussie et commode.

L’apparition des nouveautés datée au mois près…

Les collectionneurs sont déjà très heureux de pouvoir dater leurs pièces à l’année près. Avec « Meccano Magazine », c’est au mois près, comme la sortie de la boîte de six personnages Hornby comprenant un chef de gare, un chef de train, un contrôleur, deux porteurs et un « brave » agent (sic ! Autant se mettre bien avec la police !) : le tout est annoncé très exactement page 19 du numéro de janvier 1931. Janvier ? Qui a dit que les jouets étaient toujours sortis pour Noël ?

Les publicités paraissant dans « Meccano Magazine » ne concernent pas que les produits maison, loin de là. Pas « chien » pour deux sous, « MM » vend ses pages à la concurrence : « Triang » et ses autos « Minic », les trains « LR », les trains Fournereau, de nombreuses marques de planeurs et d’avions comme Warneford ou Macrez, ou de bateaux, voire de jouets scientifiques divers : toute la production de l’époque, presque, y passe, et sous la forme de publicités illustrées. Excellent, pour les collectionneurs d’aujourd’hui…

Les grands modèles exceptionnels en « Meccano ».

Peut-être la partie la plus fascinante de « MM » concerne les grands modèles faits en « Meccano ». Les horloges astronomiques fonctionnelles et exactes, les grandes grues pour la construction des ports (avec une flèche de 1,70 m), l’appareil de projection cinéma grandeur nature, le camion géant qui peut transporter 300 kg à travers l’appartement familial, tous les modèles hantent encore l’esprit de ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, n’ont eu, enfants, qu’une modeste boîte N°1 ou N°2, difficilement complétées, par suite, du fait de la modestie des ressources familiales…

Vingt-cinq millions de tours de manivelle…

Nous pensons aussi à ce modèle, une des mille curiosités permises par le « Meccano » : la construction d’un ensemble démultiplicateur donnant un rapport de 1/25.000.000, soit 25 millions de tours de manivelle pour faire tourner d’un seul tour l’arbre de sortie, et cela tient dans le creux de la main ! « Il y en a des qui ont du temps à perdre », disait mon grand-père ardéchois.

Les enfants d’alors resteront bouche-bée devant une reproduction géante d’un tracteur à vapeur (mais électrique, avec batteries et moteur Meccano) qui promène son créateur à travers l’appartement, transporté sur une remorque !

Une vraie horloge astronomique.

Peut-être le modèle le plus fascinant est l’horloge astronomique présentée non par Meccano, mais par un lecteur du magazine qui décrit le chef-d’œuvre de sa vie : Michel Doat, âgé d’une quinzaine d’années. Portant fièrement la cravate, il fait très « jeune homme » des années 1930, et il pose à côté de son horloge astronomique. Nous sommes en décembre 1933. Le monument, occupant au sol un carré de 62 cm de côté, le domine de ses 2,10 m de hauteur ! Deux poids de 10 kg chacun remontés automatiquement par un moteur électrique toutes les 24 heures, échappement de 40 dents, aiguilles doublées donnant l’heure légale et du méridien à la seconde près, carte des fuseaux horaires qui tourne sur elle-même, indication des jours du calendrier avec élimination du 29 février 3 années sur 4, respect des années bissextiles séculaires, indication du cycle solaire, de l’heure romaine, de l’Epacte julienne et du Nombre d’or, de l’Epacte Grégorienne (mais avec obligation de changer le cadran en l’an 2100, changement de la Lettre Dominicale julienne tous les 28 ans, indication de la Pâques Grégorienne, voilà quelques uns des caractéristiques de ce chef-d’œuvre, entièrement construit en « Meccano » avec utilisation des chaînes Vaucanson du « Meccano », des roues dentées, des engrenages, axes, et diverses pièces du système qui s’avère être plus qu’un jouet !

Les inventeurs un peu fous sur de drôles de machines roulantes ou volantes.

 « MM » semble aussi être le dernier carré pour de nombreux inventeurs qui ont apparemment épuisé toutes les ressources de leur carnet d’adresses, à force d’être mis à la porte des ministères, universités, grandes firmes, ou mécènes… De l’automobile à fusées qui a dû finir en contrebas d’un virage, à la bicyclette à réaction, de l’avion sans hélices ni ailes dont on espère que son inventeur n’aura pu en financer les essais, à l’automobile capable de rouler sous l’eau, tout y passe.  C’est à se demander si « Meccano Magazine » est vraiment un journal pour enfants seulement : il semble que son audience s’étend bien au-delà des amateurs de trains, d’autos, et de jeux de construction, et que toute une foule de génies incompris vienne y trouver une dernière chance pour se faire remarquer et pour changer le destin de l’humanité.

En général, sur une photo un peu floue, prise avec un « Kodak » 6×9 à soufflet, l’inventeur pose fièrement, l’œil péremptoirement fixé sur l’objectif, et, à l’arrière-plan le fuselage ou la carrosserie de la chose qui pourra conquérir le monde occupe tout le reste du champ disponible.

La « Guilde Meccano » : la philosophie techniciste et pacifiste de Frank Hornby.

Une autre donnée compte beaucoup dans « MM » : c’est la fameuse « Guilde Meccano ». Franck Hornby l’a créée peu après la Première Guerre mondiale, sans doute impressionné par les destructions et les souffrances de ce grand séisme. Notons que Cyrille Bonnet, directeur de « JEP », refusera, au lendemain de la Première Guerre mondiale, d’inscrire des jouets guerriers au catalogue de la grande firme – ceci dans une démarche analogue. Mais son frère, Victor Bonnet, créera une entreprise de jouets dont les pistolets seront très connus ! Les rôles étaient bien partagés.

L’idée nouvelle d’une destruction du monde naturel et de la société par les effets des techniques naîtra après 1914 avec le sentiment (le constat ?) d’un échec de la civilisation, une condamnation du monde industriel et capitaliste, une perte définitive ce que l’on appelle « les vraies richesses » (le terme est de Jean Giono, qui lui aussi fut un militant pacifiste, mais très anti-techniques). Les « vraies richesses » seront, désormais, celles de la nature, du monde paysan et artisanal… mais définitivement détruites. La Première Guerre mondiale est l’expérience hallucinante de la destruction portée à une dimension quasi industrielle : la destruction est un produit de masse.

Franck Hornby fait partie de ces hommes qui veulent, par un effort d’éducation, instaurer des valeurs nouvelles visant à instaurer une vision technicienne, certes, mais éclairée par un sens profond de l’humain et du progrès, et par-dessus les frontières, les pays, les nationalismes étroits. La « Guilde » a pour but de réunir tous les enfants du monde dans ce mouvement. De nombreux « Clubs Meccano » se créent dans les villes du Royaume-Uni, de France, d’Italie, du Moyen-Orient, des pays du Commonwealth de l’époque et des colonies françaises, bref un peu partout où il y a des classes sociales issues de la grande ou de la moyenne bourgeoisie, coloniale ou « indigène » (terme d’époque, ne nous vexons pas, restons calmes), c’est-à-dire formée de gens qui ont les moyens d’acheter des jouets évolués pour leurs enfants et de se soucier de ce qu’ils en font.

Ces clubs sont déclarés auprès des pouvoirs publics, ont pour responsable un adulte (parent ou surtout détaillant Meccano local) et pour Président et membres du bureau des enfants élus. Ils se réunissent pendant cette journée bénie qu’est le jeudi (à l’époque), soit par rotation dans les domiciles des parents, soit chez le détaillant. Le but est de faire des modèles « Meccano » ou un grand réseau de trains « Hornby », et d’organiser une exposition locale pour les exposer, ou de les montrer lors d’une manifestation importante.

Il n’y a pas, en apparence, d’autre idéologie que cette sorte de laïcité bienveillante et neutre, mais il y a un souci de communication, d’échanges entre clubs « Meccano », de fraternité universelle à travers des problèmes d’engrenages ou de construction de grues. Et l’on voit, dans « MM », d’innombrables photos montrant une dizaine d’adolescents, mais très souvent d’adultes, posant dans un décor de l’Europe profonde, ou africain, ou asiatique, océanien, avec, en avant-plan, des modèles « Meccano » et, en arrière-plan, de gentils messieurs pleins de bonnes intentions.

Petit album des souvenirs immuables du « Meccano Magazine »

La couverture du Meccano-Magazine de Mars 1933 : la « Croisière Jaune » d’André Citroën franchit les montagnes du Tibet et longe des précipices sur des chemins dont l’état est tel qu’il faudra démonter intégralement les auto-chenilles et en porter les pièces à dos d’homme.
Un inventeur présente son invention : l’automobile mono-roue, tenant en équilibre comme un cerceau. On se demande ce qui se passe quand il faut freiner fortement : fait-on une culbute complète avec l’engin ? Ce cadre en costume croisé, partant à son travail, va connaître des sensations fortes… Bof… aujourd’hui, ce n’est pas pire en vélo électrique dans Paris.
Quand la TSF pénètre au cœur de nos « belles colonies » … (termes d’époque). En Avril 1934, ces Africains, en pédalant sur une génératrice électrique à double pédalier, régalent-ils toute la tribu avec les émissions de Zappy Max ou Robert Lamoureux ? (Donc, ils sont au service de l’idéologie dominante). Aujourd’hui cette couverture serait, pour le moins, politiquement incorrecte et déclencherait une Troisième Guerre mondiale, mais si elle vaut un procès à « Trainconsultant », voilà au moins une bonne publicité gratuite. Mais non merci, car « Trainconsultant » est totalement bénévole.

L’autonomie des avions transatlantiques est tellement faible, en 1929 encore, qu’il faut de nombreuses escales pour gagner les Etats-Unis. Un inventeur vient voir la rédaction de « MM » pour proposer des îles artificielles flottantes qui seront mieux réparties que les escales irlandaises, islandaises, groenlandaises. Noter l’existence d’hôtels pour passer la nuit (en toute quiétude par gros temps ?). Notons que le paquebot n’a pas besoin de cette île artificielle, et peut continuer tranquillement sa route, mais en faisant attention aux icebergs…
Scène hallucinante, quand on songe au 11 Septembre 2001, mais, ici, pacifique : des avions se posent sur les aéroports aménagés sur les tours de New-York. C’est un projet présenté comme sérieux par « MM », mais on peut en douter : les risques sont énormes, insensés, et l’on songe aux conséquences d’une simple sous-évaluation de la distance de freinage par le pilote… L’absence de tout rebord ou protection, autour de la piste, donne le vertige.
Le train qui devait faire du 1.000 km/h : il s’agit du projet Bachelet de 1933 (déjà présenté sur ce site), non dénué de fondement puisqu’il anticipe sur le train à sustentation magnétique. Mais ici, le train « vole », d’un électroaimant à un autre (placé sur un pylône) : que se passe-t-il en cas de panne de courant ? Un magnifique carton, tous les pylônes étant fauchés les uns après les autres ! Elon Musk est preneur.
Quelque chose comme une tour Eiffel convertie en station pour téléphériques urbains ? Pourquoi pas pour la fin du XXe siècle ? C’est mieux que le vélo électrique, question vitesse, mais moins bon pour les mollets et la santé physique, surtout si les cabines se décrochent.
Un exemple de grand modèle Meccano sans doute fait par un adulte : la locomotive 151-1-PLM réalisée à une échelle du 10, donc longue de plus d’un mètre.

Du « Meccano » avec des trous dans le tapis ou sur les vêtements : Grâce à son coffret « Kemex » proposant des expériences de « chimie amusante » (on l’espère), ce ne s’intéresse pas aux jeunes filles. On le voit dans un bon nombre de « MM » des années 1930, toujours en cravate (mais culottes courtes, on peut le supposer) et coiffé « bien dégagé sur les oreilles », ce qui met ces dernières en position d’être commodément tirées au cas où la belle table vernie du salon est brûlée par l’acide…
Les collectionneurs de « Dinky-Toys » apprécieront de connaître l’évolution de leur jouet favori : ici la publicité pour Noël 1934 fait le point sur ce qui est disponible.
Les deux clichés ci-dessus : Du « Meccano » sans trous, ou, disons, avec moins de trous ? Cela a existé dès les années 1930 avec des automobiles et des avions à monter, mais donnant des modèles précis, prévus, et peu transformables ou modifiables. Il y a, dans les faits, que des options : présence d’ailes de types divers (avions biplans ou non, ou voitures de course ou non, etc…). Ce sont, malgré tout, de très beaux et grands jouets, recherchés par les collectionneurs actuels si le coffret est complet.
Ces automobiles ou avions sans trous et à monter apparaissent dès 1933 sur les catalogues de certains magasins comme le fameux « A la source des inventions », avec les canots qui eux ne sont pas du tout démontables et qui flottent réellement : le seul « trou » permis est celui pour la clé, le moteur étant à ressort… On notera que les avions représentés sont uniquement des biplans.
En 1935, l’Emir du Katsina  reçoit un cadeau, lors d’un voyage officiel, accompagné de ses enfants : un magnifique train électrique Hornby, avec une 220 Midland Compound à 8 roues, s’il vous plaît, et deux voitures Pullman haut de gamme à bogies. L’auteur de ces lignes est rétrospectivement scandalisé, lui qui n’a eu qu’un train mécanique « M » avec locomotive et wagons à 4 roues, et chèrement payé, pas offert… Ce n’est pas beau, d’être jaloux et il n’avait qu’à être fils d’émir.  De nombreuses photos de trains Hornby d’époque sont présentes dans « MM ».
La voiture du futur, c’est-à-dire celle de 1980, telle que le « MM » de 1958 la voit… Nous sommes en 2025, et les bouchons « chiraco-hidalgesques » bien parisiens concernent bien toujours des voitures à roulettes. Mais que font nos universitaires, nos chercheurs, nos savants ? Que fait la police ? Que fait le Président de la République ?

Un magnfique chef d’oeuvre qui, pourtant, tient dans la main : une minuscule boîte de vitesses fonctionnelle faite en « Meccano » avec un minimum de pièces et une rare ingéniosité. La photo mérite d’être longuement étudiée. A notre humble connaissance, aucun jeu actuel (surtout les briques à encastrement) ne permet une telle initiation ,pratique et maîtrise des lois techniques.

Quelques aventures désagréables, quand même.

En 1922, le « Mécanic » du «Jouet de Paris » (ou « JEP») veut barrer la route au « Meccano », envahisseur étranger de notre belle patrie. On notera, sur la boîte, le « petit ingénieur français », nest-ce pas. Mais Franck Hornby intente un procès contre le Jouet de Paris, et gagne. Le « Mécanic » sera retiré du marché. Ah !… ces juges laxistes…
« JEP » ne se décourage pas et lance alors son « Forgeacier ». Les pièces sont à trous, « mais pas trop » (comme on dit aujourd’hui). L’astuce est que l’on fait des trous et des pliages seulement là où il le faut : on obtient ainsi des jouets solides et définitifs. Le succès fut quasiment nul, vu la complexité des actions à entreprendre, y compris la dangereuse découpe à la cisaille ou le pliage à la plieuse. Franck Hornby gagnera une fois de plus. Ah ! Ces pervers Anglais…
Même Louis Roussy, avec sa marque « LR », veut concurrencer le « Meccano» et le bouter patriotiquement hors de France. En 1935, il crée son jeu de construction « Standard » qui, comme le « Forgeacier » de « JEP », évite les trous inutiles. Mais un assemblage par petites pinces et le peu de possibilités mécaniques (peu ou pas d’engrenages, etc) créeront un échec commercial total pour ce jeu.

Et pour finir en beauté, néanmoins.

Aujourd’hui, le petit garçon, remplacé par une petite fille, dirait non merci et demanderait à aller faire du vélo dans la nature (du moins, ce qui en reste) avec Maman. Papa ferait alors la vaisselle, mais pourrait garder son costume trois-pièces-gilet.

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