La Somalie : le bref rêve ferroviaire d’une Afrique italienne.

L’Italie, elle aussi, voulait sa part du gâteau africain et faire comme ses convives qui ont su se servir à temps : elle voulait créer un empire ferroviaire. Mais elle arrive à table trop tard, et avait une bourse aussi vide que son ventre, et elle fut rapidement et efficacement chassée du festin, notamment par l’armée britannique.

Le réseau ferré de la colonie italienne de Somalie n’a jamais vraiment existé sous une forme achevée et complète, sauf pour la petite ligne de Mogadiscio à Villabruzzi et pour quelques raccordements en voie Decauville particuliers et éphémères. La ligne de Mogadiscio à Villabruzzi a été construite dans les années 1910 par les autorités de la « Somalie Italienne ». Son écartement est celui, disons très inusité, de la voie coloniale italienne, soit 950 mm. C’est un curieux écartement que l’on retrouve en Érythrée, Sardaigne et sur certains petits réseaux secondaires ou coloniaux italiens. Ce sont les soldats britanniques qui, en 1940 et lors de leur invasion de la Somalie italienne, mettent fin à toute activité ferroviaire dans ce pays africain.

Le réseau du chemin de fer Mogadiscio à Villabruzzi avait, malgré les apparences, une respectable longueur de 114 km pour la totalité des voies posées, et il visait surtout la desserte de la ville très active de Lugh (ou Luuq). Mais la situation financière de l’Italie, désastreuse au lendemain de la Première Guerre mondiale, met fin à de nombreux projets, y compris et notamment coloniaux. L’Italie devra se replier sur elle-même.

Mais, au cours des années 1920, un certain prince italien Louis-Amédée, duc des Abruzzes, « figure marquante de la famille royale italienne » (peut-on lire sur les articles qui lui sont consacrés), ne perd pas sa foi dans le chemin de fer colonial et parvient à prolonger la ligne jusqu’aux colonies agricoles de la rivière Chébéli, dont il a la charge. C’est ainsi que Villabruzzi (Jowhar) est atteinte en 1927. En 1930, le chemin de fer transporte 19 359 voyageurs et 43 467 tonnes de produits agricoles (bananes, coton, café), avec des recettes totalisant 1 591 527 livres somaliennes. Mais ces recettes et cette activité ne suffisent pas pour créer une situation stable et durable et la Seconde Guerre mondiale mettra fin à ce rêve.

Locomotive-tender type 020-020 série 442 construite par Ansaldo, et qui serait vue en Somalie dans les années 1930. On notera la qualité de la pose de la voie. Il est intéressant de signaler que la firme allemande Maffei produisit des locomotives très proches, pour le réseau colonial italien d’Erythrée, lui aussi en voie de 950. Voir notre article sur l’Erythrée. Beau document Wikipedia.
Locomotive-tender type 130 pour la voie de 950 mm. Elle est probablement du type de celles vues en Somalie dans les années 1930. Document Wikipedia

Notons qu’en 1924, un second chemin de fer « en voie de 60 », dite encore « type Decauville » ou voie de 600 mm, est construit sur 46 km, assurait la liaison entre la colonie agricole de Genale et la petite ville d’Afgoi, située sur la route reliant Mogadiscio à Villagio Duca degli Abruzzi. La construction de ce chemin de fer est due à la « Società Agricola Italo Somala » (SAIS) qui vise surtout le fructueux transport de la canne à sucre produite par ses plantations jusqu’au port de Mogadiscio. Il y eut, sans nul doute, de nombreux petits chemins de fer sucriers en voie de 60 comme celui reliant Genale et Afgoi, et desservant aussi les exploitations agricoles des environs de Vittorio.

Le peu de réalité ferroviaire mussolinienne qui exista en Somalie, dans la fameuse et convoitée « Corne de l’Afrique ».
Cette carte Chaix de 1967 nous permet de situer la Somalie et son vide ferroviaire par rapport aux autres pays de cette partie de l’Afrique, plutôt bien dotés en réseaux ferroviaires comme l’Egypte ou le Soudan ou l’Ethiopie.

De Mogadiscio à Addis-Abeba : le « Duce » rêve éveillé.

En 1939, Benito Mussolini reprend à son compte le rêve d’un projet ambitieux visant à relier, par les routes et chemin de fer, les villes de Mogadiscio et d’Addis-Abeba, à la suite de la conquête italienne de l’Éthiopie. La route, dénommée « Via Impériale » sera mise en chantier, tout comme le chemin de fer. La Seconde Guerre mondiale réduira à néant cette ambition.

Toutefois, du projet de chemin de fer, seul restera un chemin de fer de chantier « Decauville » en voie de 60 totalisant environ 250 km, entre Villabruzzi d’une part et, d’autre part, la frontière entre la Somalie et l’Éthiopie. Il permettra à peine la conquête et l’occupation de l’Éthiopie par les troupes italiennes. Cette ligne est construite et surtout utilisée par les première et deuxième divisions somaliennes de l’armée coloniale italienne.

En 1940, la ligne est bien présente à Ferfer, près de l’actuelle frontière entre la Somalie et l’Éthiopie. Inutile de préciser que ces lignes militaires n’avaient pas de bâtiment-voyageurs ni de véritables gares, et n’offraient donc aucun service régulier pour le transport des voyageurs. Finalement, le « Duce » ne réalisera pas son rêve colonial, pas plus que son très admiré collègue Adolf Hitler. N’oublions pas, non plus, l’existence, plus au sud, d’une « Ostafrika » ferroviaire jamais terminée sur lequel nous reviendrons prochainement.

La ligne de Mogadiscio à Villaggio en Somalie en 1937. Gare de Villabruzzii. Document Wikipedia.
En Somalie, sur la voie de 950 mm, et dans les années 1930. Une locomotive type B diesel à deux essieux roule sur la ligne de Mogadiscio à Villaggio Duca degli Abruzzi. Document Fiat.

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