Sa majesté George Hudson, mais si… mais si… roi des chemins de fer.

George Hudson fut le « roi des chemins de fer », ou enfin presque… quelque part entre l’Angleterre et l’Écosse, deux pays d’un Royaume-Uni qui ne manquent pas de souverains. Alors, un de plus, c’est à peine si cela se remarque. George Hudson aura fait de York, sa ville préférée, une des capitales ferroviaires les plus actives du Royaume-Uni, car il a eu le flair et la chance d’aller traiter avec son contemporain George Stephenson pour en faire son ingénieur.

Cet homme éminent qu’est Geoge Hudson, est né à Howsham, en 1800, une petite bourgade située à environ 12 miles au nord-est de York. Son père est un fermier et ne se doute pas de l’ampleur du génie que son épouse vient de mettre au monde. George est le cinquième fils de la famille. Il a la chance d’aller à l’école, puis de devenir apprenti dans l’entreprise Nicholson qui produit des draps à York.  Il excelle et monte en grade sur son lieu de travail, et devient le « Khalife à la place du Khalife » en finissant comme associé de Nicholson : l’entreprise prend le nom de « Nicholson and Hudson ».  Et, pendant qu’il y est, il épouse Elizabeth Nicholson, qui n’est pas moins que la propre fille de son associé. Ceci se passe en 1821. Cynique, doté de toutes les audaces et de tous les culots, Hudson est un personnage prometteur. Il ne lui manque plus que de se lancer dans la politique, mais … patience, cela vient.

George Hudson (1800-1871), « King of Railways », yes sir !

Dans des circonstances jugées douteuses pour ne pas dire pourries, Hudson parvient à se faire remettre un « héritage » (sic) de 30 000 £ de la part d’un lointain grand-oncle, Matthew Bottrill qui a eu la bonne idée de mourir riche. Notre cher Hudson n’avait donc pas besoin d’aller emprunter de l’argent auprès d’un dictateur africain ou sud-américain, et, sans tarder, animé d’une flamme et d’un dévouement exemplaires, il adhère au parti conservateur dit « Tory », ce qui est tout indiqué pour un homme riche qui tient à conserver sa richesse. Il se fait élire au conseil municipal de York en 1835, et devint « Lord Mayor » en 1837 ou 1838, un honneur qu’il célébra lors d’une fête somptueuse. Il sait vivre. Reconduit comme « Lord Mayor » pour 1838-39, il offre aux pauvres « un excellent et copieux petit-déjeuner » tout en fournissant des tickets d’épicerie gratuits pour 14 000 citoyens dits des « classes inférieures » (sic). Ces tickets ne sont pas financés par le contenu des poches de Hudson, mais par souscription publique. Le personnage est exemplaire. Pas une faille.

En 1833, Hudson assiste à une réunion pour discuter de la construction d’une ligne de chemin de fer reliant York à la ligne Leeds-Selby.  Il a acheté 500 actions pour devenir le plus grand actionnaire.  Il convaincra George Stephenson de tracer la ligne de Newcastle à Londres via York plutôt que par Leeds.

Quand deux « George » ferroviaires se rencontrent.

Une loi du Parlement concernant l’établissement d’une ligne desservant York est adoptée en 1837. George Hudson devient président de la « York & North Midland Railway Company ». Dans une Angleterre prise par la fièvre des chemins de fer, Hudson joue une partie de « Monopoly » endiablée, en évitant de justesse la case prison.  En 1844, il « contrôle » plus de 1000 miles de chemin de fer et c’est alors qu’il est surnommé « le Roi des Chemins de fer ». 

En 1846, il mène pas moins de 32 projets de loi parlementaires pour divers projets de lignes de chemin de fer totalisant 10 millions de livres sterling, sans oublier de devenir député, conservateur il va de soi, de Sunderland. Ses compagnies contrôlaient plus d’un quart des chemins de fer alors construits en Angleterre. C’est l’apogée.

Les chemins de fer britanniques en 1855, d’après une carte parue dans le traité de Perdonnet, ouvrage de référence à l’époque. Le réseau est déjà d’une densité impressionnante, alors que, en Europe et dans le reste du monde, les réseaix ferrés sont encore en projet ou n’ont que quelques lignes embryonnaires.
Locomotive à roues libres, vue sur le « Great Northern Railway » à York en 1871, année de la mort de George Hudson.

Des fissures apparaissent.

Des fissures dans l’empire de George Hudson deviennent difficiles à cacher à partir de 1848, lorsque certaines de ses pratiques commerciales acerbes furent révélées – notamment le versement de « dividendes » à partir du capital de l’entreprise.  Ses actions chutèrent et la réaction contre le Roi des Chemins de fer commença.  Hudson dut démissionner de nombreux postes d’administrateur de ses sociétés et rembourser d’importantes sommes d’argent : la justice estimat qu’il les avait détournées.

Les ennuis arrivent, et « volent en escadrille » (selon le mot d’un célèbre Président de la République, corrézien, et fin connaisseur en matière d’emm… pardon, d’ennuis) et Hudson fut vertement expulsé du conseil municipal. Pis encore : son effigie en cire du musée londonien « Madame Tussaud’s » fut fondue.  Disons que c’est un peu injuste, car Hudson fait de York un noeud ferroviaire majeur.  La création de la « North Eastern Railway Company » en 1854, menée par George (encore un!) Leeman, un des ennemis jurés de Hudson, avait renforcé les liaisons ferroviaires de York en réduisant le temps de trajet Londres-York à cinq heures. York deviendra ainsi un grand centre ferroviaire britannique et n’oublions pas, aussi, que York a été choisie pour abriter un des plus beaux musées ferroviaires : le fameux « British National Railway Museum ». C’est tout dire.

Mais revenons à notre roi Hudson qui fuit ses créanciers et vient se réfugier discrètement en France, pays réputé pour la pureté de son accueil, son air et la qualité de ses lieux touristiques, avant de retourner en Angleterre, en 1865, pour se présenter aux élections générales en vue d’un siège à Whitby.  Juste avant l’élection, Hudson est arrêté et emprisonné à York, où il reste enfermé durant trois mois.  Quand il est libéré, ses amis et admirateurs restants réunissent assez d’argent pour lui verser un revenu annuel de 600 £. Avec cela, il va vivre, discrètement, avec sa femme dans une petite maison à Londres.

Deux cents livres sterling pour ses héritiers.

Hudson tombe malade à York en décembre 1871 et retourne à Londres, où il meurt chez lui.  De manière appropriée, son cercueil est transporté en train jusqu’à York et Hudson est enterré à Scrayingham, près de son lieu de naissance. L’ancien millionnaire laisse quelques affaires personnelles d’une valeur inférieure à 200 £.

À sa chute en disgrâce en 1849, la « George Hudson Street » à York est renommée « Railway Street », histoire d’en rendre l’air plus respirable, mais en 1971, un siècle après la mort de Hudson, la rue retrouvera son air pur et son nom d’origine. Le roi des chemins de fer était revenu en état de grâce. Il ne faut jamais désespérer de la célébrité « post mortem ».

Deux vues du magnifique plan de voies sud de la gare de York, en 1907 (en haut) et 1918 (en bas).

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Train Consultant Clive Lamming

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close