Les premiers trains du « Jouet de Paris », futur « JEP ».

La marque « J. de P.», qui deviendra pour un certain temps « JP » puis définitivement « JEP », est la grande marque nationale française et elle est, bien sûr, la toute première de jouets français, tant par sa durée exceptionnelle dans le temps que par la quantité et la qualité des trains produits. Ces appellations résonneront triomphalement comme un symbole de qualité pendant l’existence de trois générations de Français, de 1902 à 1968. Nous avons consacré deux livres à « JEP », l’un, épuisé et paru en 1988 chez l’éditeur Maeght et consacré à l’ensemble des jouets de la marque, l’autre en 2005 : « JEP-1902-1964 : Les plus beaux trains-jouets de France » chez LRPresse, 2008, toujours disponible.

Jadis, les trains-jouets « JEP », tout particulièrement, savaient, par une production industrielle en très grande série et une « réclame » adaptée, trouver leur place naturellement dans toutes les familles. Aujourd’hui les collectionneurs de trains-jouets français n’échappent pas à la règle.

Nous ne ferons pas de commentaire concernant ce document « Le Jouet de Paris » datant de 1931 : nous tenons à l’intégrité de notre visage, du moins de notre nez, et de notre coûteuse paire de lunettes (maigrement remboursée).

La firme « Le Jouet de Paris » est née le 25 octobre 1902 du regroupement d’un certain nombre de firmes connues pour leur fabrication et très anciennes, comme « Roussel & Dufrien » qui ont une manufacture de jouets au 15, rue Gambey dans le 11e arrondissement de Paris, ou comme la prestigieuse firme « FV » associée avec « DS » et « Dessein », ou encore les fabricants de beaux trains-jouets raffinés comme « Tantet & Manon », d’autres fabricants moins connus comme « Bonnet » etc. C’est une période assez mal explorée, faute de documents et de recherches, et aussi parce qu’elle est celle d’une multitude de petites entreprises, artisanales sinon familiales, qui n’avaient ni le temps ni le goût des documents administratifs et, donc, n’ont guère laissé de traces.

La marque « DS », par exemple, est déposée en 1878 par Georges Potier qui l’associe avec la marque « FV » qu’il possède déjà. Les trains  « FV-DS » , avec d’autres jouets en métal, deviennent célèbres vers la fin du siècle avant de se retrouver sur le catalogue de la grande firme « Roussel et Dufrien » qui participe à la fondation de la firme « Le Jouet de Paris » en 1902.

La marque « FV » est importante (voir l’article que nous lui avons consacré sur ce site). Rappelons que « FV » est fondée par les frères Edmond et Fernand Lefèvre en 1876, et la firme est bien plus ancienne puisque 1876 n’est que la date de l’apparition de la signature « FV » apposée sur une production qui aurait été amorcée dès 1854.

De regroupement en fusion (notamment avec « DS »), c’est, en fin de compte, « Le Jouet de Paris » qui intègre en 1903 la production de la firme. qui reste indépendante à l’intérieur du groupe, conservant ses propres ateliers, ses propres gammes de jouets, son propre style. Ce fait, d’ailleurs, a longtemps entraîné, chez les collectionneurs, une pure négation de l’intégration « FV-DS » au Jouet de Paris. On peut dater la fin des activités « FV-DS » en tant que telles vers 1914 quand cesse d’apparaître, sur les catalogues « Le Jouet de Paris » , la mention de l’adresse du 15, Rue Au Maire.

Les chemins de fer dominent la gamme offerte, aussi bien sous la forme de trains de plancher que de chemins de fer sur rails à ornière. Les chemins de fer à ornière cèdent peu à peu la place aux chemins de fer sur rails classiques à partir de 1900, ces derniers prenant sur les catalogues la dénomination de « chemin de fer à voie transformable ». On notera que les écartements sont de 33 mm, ou de 48 mm, ou d’un hypothétique et rare 55 mm.

On connaît surtout le fameux « Métropolitain» en voie de 33 mm fait par « FV » pour les magasins du Louvre entre 1906 et 1910 vendu avec une motrice seule, ou avec une ou deux remorques supplémentaires et avec ou sans station, personnages, et quais. Mais on connaît encore plus le train réf. 452  qui est moins rare, semble-t-il, que les autres trains « FV » : avec sa locomotive verte et orange, son tender « à boules » vert, et ses trois voitures orange, bleue et rouge, et son fourgon gris, ce train est devenu un classique de la collection « FV » actuelle. Avec un peu de chance on peut le dénicher avec sa gare rouge vif, ses signaux, quelques accessoires, un peu de voie. La grue roulante sur portique est très rare. On ne connaît pas de wagons de marchandises autre qu’un wagon couvert gris (souvent faisant figure de fourgon) produit chez « FV ». Il est sur le catalogue « Le Jouet de Paris » jusqu’en 1906.

Après 1902, on peu dire que les jouets de ces firmes fondatrices seront produits, désormais, sous la marque « Le Jouet de Paris » ou « SIF », dans les petits ateliers des firmes, puis par transfert et installation de la production dans la grande et nouvelle usine « Le Jouet de Paris » à Montreuil. Le catalogue de 1906-1907 est l’un des derniers comportant l’ancienne adresse de la rue Gambey.

Devant l’usine « Le Jouet de Paris » en 1905, à Montreuil. Sa destruction complète par un incendie ravageur en 1909 met en arrêt, pour plusieurs années, toute la production qui est obligée de se replier dans les petits ateliers des firmes artisanales qui ont constitué la grande entreprise. Ainsi, il n’y aura pas de catalogues entre 1910 et 1915, mais seulement des « Albums » intitulés « Jouets en métal ». Ce sont de simples manuscrits et illustrés à la plume, servant à l’usage interne de l’entreprise. Nous possédons celui de 1911 qui a été précieux pour la rédaction de cet article comme pour nos livres.

La « SIF »  acquiert « Le Jouet de Paris » et en fera « JEP».

Située au 94, Rue de Paris, la grande usine de Montreuil est ouverte en 1908, et elle est très spacieuse avec ses 10 000 m2 au sol. Il ne s’agit pas d’une construction neuve, mais d’un réaménagement de plusieurs bâtiments anciens, et sans doute ce réaménagement s’est fait dans la hâte, car l’usine est détruite par un grave incendie, le 23 avril 1909, peut-être dû à la précarité de l’installation électrique.

Ruinée, l’entreprise met ses 330 ouvriers au chômage, et elle est rachetée le 1er août de la même année par la « Société Industrielle de Ferblanterie », située au 39 Bd Beaumarchais, à Paris. La destruction complète de cette grande usine par incendie met en arrêt, pour plusieurs années, la plus grande partie de la production de la firme qui est obligée de se replier dans ce qui reste des petits ateliers des firmes artisanales qui l’on constituée. Les années 1910 sont difficiles pour la France : crises économiques répétées, mouvements sociaux, misère, chômage… tout vient se conjuguer pour étouffer l’industrie, et particulièrement l’industrie du jouet, déjà fragile (le jouet n’est pas un achat de nécessité). La « SIF » ne publiera pas de catalogues nommément entre 1910 et 1915, mais seulement poursuivra ce qu’elle appelle un « Album général » intitulé « Jouets en métal », manuscrits et illustrés, servant à l’usage interne de l’entreprise.

Cette entreprise « SIF » est pourtant importante, solide, et très active. Elle date de 1899, et elle possède déjà plusieurs usines en province, à Beaune, Chalon-sur-Saône, Solre-le-Château. Elle est plutôt spécialisée dans la ferblanterie ménagère, mais a déjà une petite production de jouets pour jeunes filles dans son usine de Chalon, ou de jouets de plage. Notons un fait important : le « Jouet de Paris » restera une entité autonome au sein de la « SIF », avec ses locaux, son personnel et son directeur propres. Jusque vers 1914, d’ailleurs, les rares catalogues de produits ménagers de la « SIF » ne présentent pas nommément les produits « JP », ne les représentent pas par des dessins, mais en font une simple mention écrite.

A partir de cette date on verra le sigle « Le Jouet de Paris » mentionné sur les jouets eux-mêmes, parfois accompagnant le sigle « SIF » ou non, et ce « Le Jouet de Paris » deviendra « JdeP» en 1927 avec un petit « de » coincé entre les grandes lettres « J » et « P », puis, à la fin des années 20, le nom « JEP » est trouvé au terme d’une grande rénovation des techniques et des produits de l’entreprise après la Première Guerre mondiale. Quelque fois traduit par « Jouets En Paris » sur des ouvrages étrangers, ce « JEP » est purement choisi parce que le « JdP » ancien était imprononçable et ne donnait rien d’attrayant dans une conversation. « JEP », ça claque, cela résonne fermement et crée une image de solidité et de dynamisme. Bref, c’est moderne, c’est américain, c’est international, comme on disait à l’époque…

Le logo « JP » est déjà présent sur le grand « album général » de 1902 (reconduit d’année en année jusqu’en 1904 au moins à coups d’étiquettes collées sur la couverture) et on le retrouve épisodiquement jusqu’en 1915. Ensuite il devient « JdeP ».
Le logo « JdeP » est restylé, façon plus … disons, moderne, entre 1917 et 1930.
Les avant derniers logos, en gardant une lettre « E » un peu plus petite, sont comme un souvenir discret des premiers logos de la marque. Les tout derniers logos ont trois lettres d’égale grandeur.

Les premiers trains « Le Jouet de Paris ».

Revenons sur ces premiers trains du « Jouet de Paris ». Ils existent dans une gamme d’écartements qui comprend un incertain « II » (dit série 454) en voie de 55 mm qui, sans doute, est du « 1 » avec les roues placées à l’extérieur des supports d’essieu. Aucun collectionneur actuel n’a vu; du moins jusqu’à présent, un train de cette série 454.

Puis, en descendant dans les écartements, on passe au « 1 » (série 453) très connu des collectionneurs, sur voie de 45 mm (dit « 47 mm » car mesuré d’axe en axe) et produit par « FV » jusqu’en 1909 avant de prendre un aspect et une techniques très « Jouet de Paris » de 1910 à 1914.

Ensuite on a des trains en écartement de 33 mm (toujours d’axe en axe), séries 491 (Métro), 455,  473, 472, 468 et 462, produits de 1906 à 1931 mais, sans doute, en faible quantité (à cause de l’incendie de l’usine) entre 1909 et 1920. Il est à noter que l’écartement de 28 mm, constituant les trains de bas de gamme, n’est lancé qu’en 1920, et que le « 0 », après un lancement discret vers 1910, connaît son grand développement après 1920, toujours pour les mêmes raisons. Donc l’année 1920 est bien une année forte, une année de redémarrage, pour ne pas dire de refondation de l’entreprise.

Techniquement ces trains sont, pour la plupart, robustes, bien construits, dotés de mécanismes d’horlogerie assez simples mais au fonctionnement brusque. Le matériel roulant, à partir de 1909-1910, est en général lithographié et très proprement traité, avec des dessins fins et des couleurs vives. Il est possible que des fournisseurs allemands, comme le fabricant de trains-jouets JAJ Issmayer, d’après un remarquable train prototype en voie de 28 mm, appartenant au collectionneur allemand Winnie Oehrlein, aient fourni du matériel roulant lithographié au « Jouet de Paris » au moins avant 1914. Les accessoires, souvent issus des catalogues des fabricants qui ont fondé le Jouet de Paris, conservent encore les techniques anciennes du métal moulé, des tiges, et des tôles peintes.

Les gammes en « 1 » et en « 0 ».

Pour remplacer la gamme en « 1 » héritée de « FV », un nouveau train, portant la même référence 453.12 à 453.15 selon le nombre de voitures, wagons et accessoires dans le coffret, est produit durant les très difficiles années de 1910 à 1914, puis il sera remplacé par une nouvelle série lithographiée, référence 470.1 et 470.2, produite de 1919/1920 à 1924, et qui est connue des collectionneurs pour être très rare sur le marché actuel.

Les premiers trains en « 0 » dits « sur voie de 35 mm » seraient apparus vers 1915, et semblent marquer une volonté, de la part des fabricants français, d’aller dans le sens de la standardisation pour pénétrer sur le marché allemand ou anglais où cet écartement est normalisé, depuis les premières années 1890 par « Märklin ». S’il existe encore une assez naïve locomotive du type 210 pour la première des séries 4063, les autres séries passent aux choses sérieuses avec des platines à deux essieux moteurs permettant des types 020 et 220. Les lithographies sont très belles et comportent, sur un fond vert sombre, des filets rouges et or, et des marquages « SIF » et « JP » portés ensemble. Les voitures sont finement dessinées et ont déjà les portières d’extrémité à redans typiques des voitures grandes lignes de l’époque. Les toits ont des lanterneaux, mais de faibles dimensions, provenant simplement d’un estampage. Ici aussi, comme pour les trains en « 1 », les accessoires, provenant des anciennes firmes, finissent leur carrière, avec leurs pieds de signaux en plomb surmoulé autour d’une tige formant mât.

Train « Le Jouet de Paris », production « FV », écartement « 1 », référence 453, années 1904-1906. Collection Genin.
Locomotive « Le Jouet de Paris » type 220 référence 453, production « JP » en écartement de 47 mm, photographiée dans sa collection par le collectionneur canadien David Croft, lecteur de ce site, que nous remercions. La belle couleur verte est rare.
Train « Le Jouet de Paris » sur voie dite « en gouttière », écartement « 1 », avec des éléments divers comme une voiture de fabrication « DS » et une locomotive à volant d’inertie et crémaillère de lancement.
Une page de l’album de 1902 (avec une étiquette collée sur la couverture prolongeant la validité jusqu’en 1904) : les trains de la série 453, en écartement de 47 mm d’axe en axe des rails, offrent beaucoup d’accessoires.

Les séries en voie de 33 mm.

Ces trains sur voie de 33 mm (mesurés d’axe en axe des rails) sont certainement les plus typiques et les plus marquants, pour les collectionneurs actuels, de cette difficile époque d’avant 1914 du « Jouet de Paris ». Bien des collectionneurs ont souvent pris des trains sur voie de 33 mm pour des trains en « 0 », tant qu’ils se contentaient de les poser directement dans des vitrines et sans utiliser de la voie en « 0 » pour les présenter. Mais, en les posant sur de la voie en « 0 » par hasard, ils se sont étonnés de voir ces trains tomber parfois entre les rails, victimes d’une différence d’écartement qui est, en effet, à peine perceptible, mais qui demande à être prise en compte pour la présentation en vitrine ou le fonctionnement sur des rails appropriés. D’autres collectionneurs, ayant eu le bonheur d’acheter des coffrets complets avec leurs rails, ont installé le tout dans la vitrine sans se poser de question, et sans avoir la curiosité de mesurer, avec précision, l’écartement des rails !

Cet écartement de 33 mm est peu connu hors de France, et il est très ancien, et remonte aux fabrications de la deuxième moitié du XIXe siècle. La marque « FV », qui en est sans nul doute à l’origine, en dote le catalogue du « Jouet de Paris » et continue à le fabriquer pour le compte de la nouvelle grande firme, mais toujours dans ses anciens ateliers. Il semble que d’autres marques aient fait de même avec des trains de cet écartement, étant donné le très grand nombre de trains en voie de 33 mm présents dans l’album du « Jouet de Paris » de 1902 à 1904.

Mais, en 1904, il est temps de faire les comptes et d’apurer la production d’un certain nombre de références qui sont soit devenues difficiles à fabriquer du fait de la situation des anciennes firmes qui ont dispersé leurs machines ou leur personnel, soit devenues difficiles à vendre parce que dépassées : cette année 1904 voit, malheureusement pour les collectionneurs actuels, la suppression des trains à crémaillère sur rails en voie de 33 mm, tandis que le fameux « Train catastrophe » ne survit pas à 1906.

Le fameux « Train Catastrophe » (ou « Train à catastrophe ») présenté sur lalbum de 1902 à 1904. La locomotive utilise encore le système archaïque et dépassé du volant à inertie lancé par une tirette à crémaillère.

Toutefois le « Jouet de Paris » poursuit, malgré des temps difficiles, un programme de trains en voie de 33 mm jusqu’au début des années 1930, sans, néanmoins, lui accorder la richesse de gamme et les perfectionnements réservés aux trains en « 0 » ou voie de 35 mm. Le 33 mm disparaît définitivement du catalogue en 1931-1932, sans doute victime des deux millimètres qui lui manquent pour être compatible avec les nombreux trains en « 0 » existant sur le marché, importés d’Allemagne ou d’Angleterre, ou fabriqués en France, et représentant un gros marché pour  « JEP ».

Le Métro de Paris, d’origine « FV » sans doute, est le plus recherché par les collectionneurs dans cette production. Composé d’une motrice mécanique et de remorques, et d’un très grand nombre d’accessoires, il a été produit pour les grands magasins du Louvre qui l’ont annoncé longtemps à l’avance, dont il porte des publicités.

La série dite « International Express » au catalogue, référence 455 et 456 selon la présentation, la seconde étant en coffret de luxe, est la plus connue des trains « FV », et on peut penser qu’elle a été produite bien avant que « FV » ne rejoigne le « Jouet de Paris ». Quand cette dernière firme l’inscrit à son catalogue et la fait durer jusqu’en 1914, il s’agit d’une production alors techniquement dépassée et archaïque, mais qui permet, aujourd’hui, à un grand nombre de collectionneurs d’avoir du « FV».

 

Page de catalogue d’un grand magasin parisien, pour les « étrennes » de Noël. « Le Jouet de Paris » est à l’honneurmais est-il en mesure d’honorer les commandes après l’incendie de sa grande usine de Montreuil ?
Toujours sur l’album de 1902 (valable au moins jusqu’en 1904), l’écartement de 33 mm, la fameuse série 454, joue un grand rôle, avant son remplacement par l’écartement de 35 mm ou futur « 0 ».
A gauche : la voie « FV » dite de 33 mm, et, à droite, une voie « Hornby » dite, jadis, de 35 mm et appelée « écartement 0 » . Ce n’est pas du tout le même écartement, et la voie de 33 mm pénètre facilement et sans forcer, mais seulement entre les rails de la voie de 35 mm et pour une file de rails. Les trains « FV » peuvent, à la limite, rouler sur la voie de 35 mm, mais avec un grand « flottement » sinon une chute entre les rails, mais ce n’est pas recommandé.

N’oublions pas que, en 1913, lalbum « Le Jouet de Paris » propose, en voie de 33 mm, un train « électromécanique », simplement appelé ainsi parce qu’il y a, dans le coffret, une locomotive à moteur électrique et une autre à mécanisme d’horlogerie. A-t-il été réellement produit et vendu ?
Grand coffret (dite « boîte à cuvette ») contenant un beau train « International Express » référence 455 en voie de 33 mm avec une locomotive à disposition d’essieux type 021, donc à bissel porteur arrière et sans bissel ou bogie avant. La façade du grand bâtiment-voyageurs est inspirée de celle de la gare du Nord à Paris. Années 1905 à 1907. Collection Jean Derché.

L’année 1915 : l’apparition des trains sur voie de 35 mm.

Cette année, pourtant difficile économiquement et socialement, marque, pour « Le Jouet de Paris » la préparation du retour à la paix que l’on espère proche : mais il faudra, dans les faits, attendre 1919 ou 1920. Cet écartement de 35 mm, qui se présente comme « Nouveauté supérieure » est beaucoup plus que du 33 mm renforcé. Il est traité avec plus de technicité et de sens du détail, et comprend les séries 463, 464 et 466 qui se différencient selon la présence ou non de freins ou d’une marche arrière, et se démarquent des séries précédentes par le nombre et la richesse des accessoires. C’est bien la naissance de l’écartement « 0 » pour la grande firme française.

Très beau train haut de gamme en voie de 35 mm avec une locomotive type 220 d’inspiration « Coupe-Vent » du PLM ou Bavière, référence 468, comportant les marquages « JP » et « SIF » et, sur la chaudière, « Horlogerie Française » qui est, sans doute, le fournisseur du mécanisme d’horlogerie de la locomotive. A noter : le tender se veut uniquement « SIF »… Période de 1912 à 1922. Les magnifiques lithographies sont, peut-être, d’origine allemande JAJ-Issmayer.

Les années 1920 : l’apparition des trains sur voie de 28 mm.

« Le Jouet de Paris » poursuit ses efforts de modernisation enfin possibles avec la paix revenue. La voie de 28 mm, avec ses trains miniatures série 461, apparaît pour la première fois sur la page 22 du catalogue de 1928. En effet, la firme s’intéresse aux écartements très petits devant l’urbanisation de la France et la venue de millions de campagnards dans les villes où ils sont logés à l’étroit. Le course vers la miniaturisation sera marquée par l’apparition du « Pacific Mignon » sur voie dite de 18 mm mesurée d’axe en axe : c’est bien un précurseur du fameux et puissant « 00 » qui règnera, dès le milieu des années 1930 sur le monde des chemins de fer réellement devenus miniatures.

Ci-dessus, dans la partie inférieure de la page de ce catalogue de 1920 : à notre humble avis, c’est la première apparition d’un train en voie de 28 mm dans un catalogue du « Le Jouet de Paris ». La course vers le « 00 » ne fait que commencer…
Coffret complet d’un train en voie de 28 mm référence 461 trouvé dans la cave de l’immeuble de « Le Jouet de Paris » dans les années 1980 par l’auteur de ce site-web accompagné du personnel de la SIF et de son PDG Jean Caron. Une particularité technique : le bissel avant de la locomotive ne pivote pas, mais est orienté et fixé pour s’inscrire en courbe sur sa droite, uniquement. La locomotive, sinon le train, ne peut pas rouler correctement en ligne droite ! Mais le passage à niveau et sa barrière, lui, est droit…
Une pépite historique! Un (poussiéreux) coffret en « 0 » datant exactement de 1921 grâce à la date portée sur son bordereau papier oublié dans un coffret, jamais ouvert depuis, avec ses « faveurs d’origine » retenant la locomotive et son tender, découvert dans les caves des locaux « SIF » du Boulevard Beaumarchais par le personnel de l’entreprise, avec l’aide de l’auteur de ce site, en 1985 ou 1986.
Sur le catalogue de 1926, c’est le lancement d’un nouvel écartement en voie dite de 18 mm avec deux trains, le « Pacific Mignon », sans locomotive du type 231 toutefois, et l’ « Electric Trolley » avec une très innovante caténaire fonctionnelle. Le « 00 » n’est plus très loin.
Le « Pacific Mignon » : la locomotive est une petite locomotive-tender du type 120, mais c’est réellement mignon et l’ensemble est parfait. La voie est, curieusement, entièrement surélevée et placée sur des culées et des ponts.
Le très ravissant « Electric Trolley » et sa caténaire fonctionnelle : seul la marque française « L.R. » proposera elle aussi une caténaire fonctionnelle durant les années 1930.

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